Mauvais poème

©Sibylle Bergemann
peut-être il y aura 
un jour neuf
devant ce jour
mais est-ce bien devant qu’il faut le chercher
pas plutôt à côté
où l’on se presse tous

peut-être il n’y aura rien
que des êtres défaits
qui progresseront vers la place centrale 
bien sûr sans jamais la trouver 

en agitant la tête d’avant en arrière

comme rideaux de fenêtres soufflées
qui s’agitent en tous sens 
et dehors et dedans
où aller
où aller

comme chevelure des corps
dégagés à bras d’hommes
des rues recommerçantes

ils expulseront par la bouche édentée des façades
des rires forts bien trop forts
comme ceux des putains aux blagues de la clientèle

peut-être il n’y aura rien
qu’un jour comme un autre
que l’on visitera avec un passe coupe-file
en y allant de nos larmes devant
la sainte phrase
‘N’oublie pas’
déclinée dans la langue des tueurs pardonnés
et celle des tués

peut-être un enfant de la guerre
à la peau fine comme une peau de chien
à qui l’on dictera les préceptes
d’une paix toute fraîche
copiera sans y voir de faute
il faut tirer sur les leçons de l’histoire


Photo Sibylle Bergemann, Mur de Berlin, 1990.

9 commentaires sur “Mauvais poème

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  1. La poésie a la vie dure, même si on l’annonce régulièrement à l’article de la mort. C’est que pour ceux qu’exaspère l’ordre meurtrier du monde, la poésie est affaire d’engagement existentiel. Elle garde trace des expériences vécues et des risques pris. Elle dit le réel, mais en le révélant plus vaste, et d’une prodigieuse intensité.
    Fût-il du pipi de chien, ce poème est fort…

    Aimé par 3 personnes

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