
Il y a un arbre le dernier un arbre qui n’est pas bêtement planté sur le haut d’une colline on ne le voit pas de loin il faut marcher longtemps si on veut l’atteindre mais qui veut ça marcher et comme on n’a jamais vu d'arbre il se peut qu’on croie en avoir trouvé un dans cet antique élément de décor urbain ce pylône électrique où se sont emmêlés des lambeaux de tissus on se gausse d’avoir déniché un arbre sans trop d’allées venues on admire son envergure et on s’assoit dessous comme roi ou reine sur trône à sa mesure il n’y a plus personne pour dire notre méprise on est le dernier à connaître ce mot ARBRE à l’avoir entendu d’une bouche ancienne à cette heure évidemment tue on prononce le mot à voix haute pour que l'arbre se sache reconnu mais plus que tout démasqué le vent agitant les bouts d’étoffes piégées ça nous va comme discours d’allégeance et on attend on attend on attend qu’il tombe des fruits de l’arbre il y a un arbre le dernier un arbre qui se déplace à rebours des saisons de guerre un arbre-animal avec ses racines plantées dans le haut de son crâne qui baignent dans le souvenir de la demeure sans danger Illustration, Cervidé, Grotte de Cosquer. ©Cosquer Méditerranée
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