telle une seule dormant seule tenant racine d’arbre dans une main terre noire dans l’autre trouvant dans le sommeil compagnie des absentes chaque fois éveillée par souffle de novembre celui-là seul qui soulève ses paupières telle une seule demeurant seule levant les yeux au ciel pour y déposer nuages et oiseaux comme elle le fait toujours baissant les yeux au sol pour y déposer consoudes et nigelles de Damas et cosmos et berces du Caucase portant loin ses yeux devant elle pour y déposer sangs sauvages ares et ares et horizon telle une seule composant seule paysage pour les absentes compagnes de sommeil
Chant XVI

ouvre-toi le ventre amour ventre lourd qui te monte à la gorge égorge cette digue empilement de ruines des villes invisitées où se cognent tes vagues a-mères étripe-toi égorge-toi étrangle-toi la tempête ravageuse amour gavera les artères de ta ville d’échouement d’écume bouillonnante foisonnant de créatures mortes ou suffocantes avec lesquelles amour tu te sustenteras sans apaiser ta faim car faim tu ne ressentiras pas mais tu suffoqueras des suffocations de ta nourriture écume bouillonnante foisonnant de coquilles coupantes sur lesquelles amour tu marcheras pieds nus sans savoir que tu marches à cause de douleurs endormies par cette douleur-ci sur le sol tu rejoindras les créatures marines amour tu nageras sur le flanc sur le dur dans la traîne de leurs convulsions crève-toi les yeux amour arrache-toi la pomme d’apostrophe arrache-toi le cœur essore-le de son sang arrache-toi les seins amour avec tes cheveux filés couds ta vulve couds ta verge couds ta langue attache serrés les doigts de tes mains les uns contre les autres étouffe-toi avec le reste de ta chevelure suffoque amour encore encore et prie la tête dans la boue saline la bouche emplie de boue saline la bouche emplie de pas anciens qui te descendent dans la gorge suivant un rythme martial un deux un deux one two one two eins zwei eins zwei prie déesse tempétueuse amour prie pour son inclémence fais-lui offrande de ton corps rompu de tes organes fibreux amour attendris autrefois par ta main enfantine empoignée à grands coups de cette pierre granitique ramassée sur sillon comme sillon de Talbert à une syllabe près amour attendris à grands coups de pierre à grands coups de pierre ©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #19, 2021.
Poème domestique *12

Ce matin en me préparant un café je me suis soudainement rappelé le conseil de ma mère une cuiller par personne plus une pour le goût j’étais étonnée de ne m’en souvenir qu’aujourd’hui si longtemps après qu’elle me l’a donné j’ai revu nettement remuer ses lèvres maquillées de rouge ses yeux noisette dans mes yeux marron les ongles vernis de rouge de ses deux mains jointes sur le piston de sa cafetière Melior Chambord la cafetière du dimanche et des jours de fête
Chant XV

Elle Dit sur cette ancienne Terre-Mère devenue bas-monde colonisateurs vertuels de l’in-formation (qui est refus de former) auteurs de risibles bonds dans l’espace hadès et cerbères autoproclamés des enfers de surface ceux-là sous lampes scialytiques de leurs bunkers branchent des cordons sans matrices aux nombrils hypertrophiés des autres nous tous les in-formés identifiables aux os soudés de notre nuque formant courbure de soumission nous durant le court temps de notre unique vie abrégeons notre espace condensons notre langage esthétisons notre figure avec instrument de la mort que nous conservons dans la paume de notre main dont il ne reste que le pouce que nous conservons de nuit comme de jour car l’Objet est toute notre vie Elle Poétesse à grande gueule cynocéphale Dit sur cette ancienne Terre-Mère devenue bas-monde faire poésie poétique M’est amèrement impossible ©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #18, 2021.
Chant XIV
elles courent en déroulant dans le temps et l’espace le fil de vingt-neuf années d’une vie finie elles disent tuée tuée tuée elles courent sans cesser de le dire sans souffrir de la pente sans essoufflements elles ne peuvent pas s’arrêter de courir et de dire elles le disent aux croisés qui les désignent comme folles tuée tuée tuée tuée hier tuée dans le jeune temps de sa vie tuée bien avant sa venue tuée trois fois tuée elles ne peuvent que dire ça elles ne font pas son éloge elles ne pleurent pas elles ne se lamentent pas … on chuchote derrière leurs dos tuée par sa propre main non elles disent non non et non d’autres mains l’ont tuée des mains polyphobiques qui ne savent pas écrire ha ! qui ne le sauront jamais des mains juste bonnes à frapper des mains avec des langues pendues dans leurs paumes des mains brandissant des armes chimimétaldermiques de destruction massive tuée tuée tuée elles déroulent son fil depuis le lieu de sa mort jusqu’au lieu de la Forge où tout assassinat de l’une d’elles renforce l’acier de la Pensée et des Corps de toutes À la mémoire de Tal Piterbraut-Merx Auteure d’Outrages aux Éditions Blast https://www.editionsblast.fr/outrages et de La funambule, sous le nom de plume Cléo Dune, aux Éditions Maurice Nadeau https://www.maurice-nadeau.net/parutions/238/la-funambule
Chant XVIII

la première regarda ses mains ses mains se détachèrent d'elle tant pis elle regarda d'elle tout ce que sa souplesse et ses yeux lui donnaient à voir chaque partie de son corps qu'elle regardait se détachait d'elle et se dispersant aux cardinaux allait servir à d'autres oui allait servir à d'autres la première entendait les débris de son être chuter oui ils chutaient longuement dans un conduit de paroles barbares avant d'être happés mais elle ne cessa pas de se regarder jusqu'à ce que sa souplesse et ses yeux n'aient plus rien à lui donner à voir aussi elle regarda sa tête dans un reflet quelconque mais sa tête ne se détacha pas d'elle ©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #17, 2020.
Chant XVII

toutes on s'aime secrètement mais on dit qu'on ne s'aime pas du tout quelquefois on désigne l'une ou l'autre parce que si ce n'est pas elle ça sera nous après comme ils nous l'ordonnent on va ramasser les branchages qui la mettront en cendres on profite dans le sous-bois d'une belle journée d'été car éloignées de tous et de toutes qui en cet instant préparent la place on se baigne dans un rai de lumière cascadant entre deux grands arbres morts ça chauffe nos joues aussi nos poitrines et nos pubis car on a soulevé l'étoffe qui les recouvre on est soudain libres dans ce rien de nature on bouche nos oreilles pour l'être encore plus on trouve par terre une coquille vide de petit-gris on se glisse à l'intérieur l'esprit du petit-gris mène la coquille avec nous dedans jusque dans la fente d'un hêtre on a la colonne vertébrale colimaçonée la tête toute proche de la vulve de l'autre ça sent la mousse bien verte ça nous endort nos rêves cassent la coquille élargissent la fente du hêtre on se réveille courbaturées on ramasse nos fagots sur la place on se les fait payer un bon prix parce qu'ils n'ont plus le temps de négocier il est tard ils doivent purifier avant la mi-nuit purifier purifier corps maudits et âmes maudites vite on retourne dans le bois pour ne pas voir ça la nuit n'est pas totale partout des escarbilles des feu-follets des lambeaux d'étoffes virevoltant comme des papillons qui auraient pris feu des chevelures roussies rampant tels des limaces des yeux cuits roulant dans les rigoles tout ça poussière incandescente et charbon de cœurs de foies de reins d'utérus de viscères de poumons de peau d'embryons quelquefois de langues de seins de rates... s'enfonce dans la terre la terre recrache les noms de ces choses humaines calcinées dont elle sait toutes les anciennes fonctions mais ne veut rien savoir de plus le vent sépare de la cendre les pierres de frayeur dont il ne sait jamais quoi faire en principe les sangliers les enterrent au bout d'un moment la nuit est totale on a pas sommeil on danse on chante on se donne du plaisir on caresse le pelage d'animaux adomestiques qui se couchent près de nous on rit on dévore des cœurs et des fœtus grillés on se recroqueville on met au monde des rêves qui mettront au monde des rêves qui mettront au monde des rêves sans arrêt sans arrêt jusqu'à celui-là qui mettra au monde nos corps et nos âmes *d’y creuser ce qu’on a enfoui les chemins sombres, les histoires maudites mille fois à se condamner aveugles à nos enfantements qu’on y crie tous les instants fastes les fentes qui ouvrent le monde les cendres chaudes qu’on ramasse et celles qu’on garde contre soi pour les sentir longtemps se rouler bruyamment dans nos étoffes d’âmes et doucement contre nos chevelures … *Poème de Caroline Dufour https://carolinedufour.com ©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #16, 2020.
Chant XVI

elle faisait amour désolé et plaintif à l'ombre des quelques rues où hivers s'entassaient à la façon de chiens et chiennes se réchauffant comme ça peau glacée contre peau glacée elle obéissait à toute chose commandée à l'ombre d'architectures griffe-ciel conçues pour amoindrir la dimension des êtres ainsi quand les êtres s'écroulaient et ils s'écroulaient ça ne s'entendait pas des sommets ceux des Là-haut jetaient par dessus les garde-fous paroles trop sucrées trop grasses trop salées elle et tous ceux toutes celles des En-bas les mâchez avec dents langues et bouches amodiées faisant bouillie de la bouillie allant venant sur sol épaissi par leurs vomissures à la longue ils et elles disaient on s'habitue à tout cette fois où un non est sorti criant de sa bouche louée des yeux sont apparus sur son visage elle a pu voir qu'elle possédait bras et jambes et qu'ils étaient mobiles un moment transparente elle a pu voir à l'intérieur d'elle ses organes œuvrant pour la tenir en vie un nez des oreilles son apparus sur son visage elle a pu sentir la puanteur environnante elle a pu entendre ce qu'on lui donnait à manger sa propre bouche est apparue sur son visage ses propres dents et langue dans sa bouche immobilisant ses bras et ses jambes qui amorçaient mouvements pour déguerpir d'ici Je Reste elle a dit ©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #15, 2020.
Chant XV

Elle Dit là sur Ma Chair à l'endroit de Mon Cœur une fenêtre s'ouvre se ferme un nombre infini de fois Moi qui l'Ouvre et la Ferme à longueur de jour à longueur de nuit Moi qui Demande vas-tu partir à elle qui veut s'en aller vas-tu rester à elle qui veut être choyée Mes bras toujours tendus vers la lumière d'aurore Mes jambes toujours se retranchant dans l'ombre de Ma Carcasse vas-tu partir vas-tu rester Moi qui Me Pousse vers l'oubli tout en Gavant ses plantes insectivores avec mouches de Mes Migraines pour qu'elles croissent malgré l'obscurité à laquelle Je les Expose Moi qui Demande vas-tu rester à elle amoureuse de la nage trépignant sur la rive de son fleuve circulaire vas-tu partir à elle qui autrefois souillée a perdu existence Celle-là cette assassinée durant Mes Songes Me dit en boucle des choses insensées seule pourra rester celle qui a un dessein seule pourra partir celle qui est restée seule pourra rester... ©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #14, 2020.
Chant XIV

(scansion rapide comme suffoquée) les bras étreignent le corps féminin où ils sont rattachés puis s'écartent et tout le corps féminin s'étire comme pour s'élancer comme s'il n'était plus retenu sur le sol par l'attraction terrestre par aucune autre attraction comme si les amours mortes mouraient à ses pieds pour de vrai cette fois et qu'il ne fallait pas rester là amours belles encombrantes avec des pupilles blanches un cœur gris sauf une encore irriguée faufilée dans un sillon du visage du corps féminin trace infime d'amour celle-là qui va creuser jusqu'à l'os jusqu'à la moelle pour retourner d'où elle vient pas un lieu un jour ainsi nommé PREMIER JOUR sur son calendrier de folie pas un jour en vérité un corps plutôt le sien ainsi nommé DESOLATION dans son carnet de projets suicidaires le corps féminin se tend jambes écartées bras écartés tête renversée d'un côté de l'autre organes gonflés par un sang bu à sa source les bras étreignent le corps féminin où ils sont rattachés oui mais la main au bout du bras le gifle aussi le cogne le caresse quelquefois la main la droite ou la gauche empêche le corps féminin de respirer une seconde ou deux ou trois pour l'habituer doucement à la suffocation quelquefois les jambes refusent d'aller plus loin le corps féminin où elles sont rattachées tombe sur les genoux à l'endroit où il se trouve et ça peut être douloureux une fois les yeux du corps féminin se sont mis à scruter le ciel pendant vingt-quatre longues heures pour voir la terre tourner sur elle-même ils n'ont pas cillé une seule fois simplement ils larmoyaient à cause des poussières qui se déposaient sur leurs cornées et à cause de rien d'autre le corps féminin a fini par sentir le mouvement rotatoire il s'est mis à tourner sur lui-même dans le sens inverse des aiguilles d'une montre puis les jambes du corps féminin ont entamé le deuxième mouvement celui de la révolution l'esprit du corps féminin a songé qu'absolument tous les corps sont concrétions de résidus cosmiques lointains et aussi que mouvements opposés entraînent révolution la bouche n'a pas transmis ces pensées à voix haute comme une bouche est sensée le faire le corps féminin n'avait pas encore de bouche le corps féminin n'avait pas encore de corps ©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #13, 2020.