Composition de la lumière

 I
Lors d’une heure comparable
À une heure évoquée
L’obscurité enferme
L’être dans son propre corps

II
Sur cette route pâle
Où le rêveur piétine
Le levant s’accroche
Aux semelles astrales
Pour ne pas incendier
Le jour de son seul feu
Et priver la prairie
Du cosmos tout entier

À la manière de Maurits Cornelis Escher

Montecelio, M.C. Escher, mars 1924, encre de Chine sur papier – ©
Il y avait dans cette heure
Solitaire
– Pièce où le temps passait
Au rythme de mes battements
Vite tellement vite
Et soudain lentement –
Une croisée donnant sur l’espace
Qu’il m’était impossible
Ne serait-ce qu’entrebâiller
Sans ouvrir ma poitrine
Et laisser fuir le temps

Sable et plume

L’aube prudemment s’avançait
Et t’habillait de sable
Doux
Sur ta peau en grève
Deux brèches de ciel
S’attardaient jusqu’au soir
L’attendant
Tu contemplais les oiseaux
Morts et vifs
Qui peuplaient cette voûte
Célébrais les uns
Te rêvais dans les autres
Quand le crépuscule s’avançait
Pour t’habiller de terre
Dure
Tu t’étais envolée

Mariage d’irraison

J’épouse lentement la forme de ce jour
Sans y avoir consenti

Jour que je nomme ainsi
Bien qu’étant vide d’heure
Et d’esprit de saison
Pâle  obscurci
Par la ramure tordue
D’un chêne possédé

Nuit contrefaisant le jour
Qui me tord les mains
Et fouille dans mon cœur
Comme dans un vieux sac
À la recherche d'un reste de sourire

D’avril

Sauront-ils que nous sommes d’avril 
Que nos yeux sont des yeux d’avril
Que nous rions de ces percées
D’hivers belliqueux
Qui tentent vainement
De nous accabler
Sauront-ils nous voir
Comme nous sommes
Aussi jeunes qu’ils le sont
Bien plus encore
Car morts plusieurs fois
Et revenus
Toujours par ce chemin
Qui mène à l’accident
Sauront-ils que seul compte
Ce chemin justement
Ce que nous y cueillons
Sauront-ils que nos prises
Ne sont pas périssables
Que le cœur ne s’arrête pas
Mais que simplement
On ne l’entend plus

Plurielles

Pourquoi ce singulier 
La femme
Cela suffit-il à l’œil des hommes
De les fondre toutes en une
Et qui est cette femme
Qui m’est inconnue
Qui sommes-nous
Loin des regards
Existons-nous dans la solitude
Où disparaissons-nous
Comme nous disparaissons
Des pupilles
À l’automne de nos vies
Pourquoi ce singulier
Est-ce parce qu’il nous est donné de porter
Mais de même il nous est donné
De penser
De parler
De créer…
D’accomplir tous les verbes
Chacune à notre façon
Singulière

Et pour ma part
Je ne veux pas un jour
Car je suis tous les jours

Fruit sauvage

C’est comme si tout à coup
Mon esprit se taisait
Et qu’ainsi défaite
De ma pensée de femme
Forgée dans un acier viril
Je me mette à danser
Au rythme sous-jacent
De ce silence trompeur

C’est comme si tout à coup
Mon être délivré
De ses fers domestiques
Retrouvait sa nature
Et que ma poésie soit
L’un de ces fruits sauvages

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