Composition de la douleur

I
Les armes forgées
Dans le fer de l’enfance
Frappent encore
Ici et maintenant

II
Les lèvres les yeux
Se pensent plaies parmi les plaies
Et cicatrisent illusoirement
En se scellant

III
Un jour
Un seul jour
Ce jour est une nuit
Où cela se dit
Le vieillard est un enfant
Qui ne guérit jamais

Vitrail

Nos lèvres l’ont su
Avant nous
Qui ont parcouru
En une seconde
Le temps complet d’un amour
Et se touchant
Ont scellé dans l’or et le plomb
Le vent et la vague

La source

S’il fallait revenir
Quel jour choisir
Pour faire mon entrée
Naître encore ? Non !
Revenir comme je suis
Et ne pas déranger ce que j’étais
Observer seulement observer
Ah je sais déjà que des larmes sont à craindre
Des cris à retenir
Non pas à cause de ce qui est perdu
Car tout se perd oui et non
À cause de moi me regardant
Regarder paisiblement vers l’avenir

Attraction de l’éphémère

Ce sentiment de solitude profonde
Qui nous frappe parfois
Semble nous préparer
À cette heure intime
Dans laquelle personne
Ne saurait nous suivre
Et pourtant non
Ce n’est pas ce qu’il fait
Il tente à sa manière
De nous en éloigner

Veiller le feu

Vois comme ton âme a tourné
Me disent mes étreintes
Trop souvent retenues
Qui se présentent à moi
Dépouillées
De leur troisième lettre

Ce haut-monde

Figures in a Landscape, Francis Bacon, 1956
© 2019 The Estate of Francis Bacon
Mourir n’est pas la fin
Vivre n’y mène pas
Vivre est immobile
Nos corps sont figés là
Dans la révolution
Seule la pensée
À allure retenue
Va et vient
De long en large
De bas en haut
D’une nature à l’autre
Elle ne presse le pas
Qu’à l’abord des champs secs
– Ici la mort se trouve –
Dans lesquels l’idée germe
Que la Terre n’est rien
Que rien ne s’accomplit
Sur ce qui a été
Partialement nommé
Ici-bas

Rare présence

Chaque jour
Alors que nos yeux s’ouvrent
Une planète naît

Ainsi le cosmos s’emplit
Sans se multiplier

Cependant nos yeux s’ouvrent
Souvent sur la fable
Rarement sur le monde

Composition de la nuit

I
Invisible silhouette lunaire
Qui marche à côté
De son corps guetté
Par le chien et le loup

II
Involontaire trajet vers
Le jour domestique
................ L’atteindre
Est-ce vraiment le but
N’est-ce pas plutôt la fin

III
Cheminer sans raison
Repousse la folie

IV
Au crépuscule le marcheur
Nomme ses morsures
Baisers
Ses cicatrices
Lèvres

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