Les saisons manqueront
Comme manque déjà
Le souffle de la pensée
Qui prudemment
Franchissait les lèvres
Quelques instants par jour
Afin d’adoucir
La lumière
Et les intempéries
Comme manque déjà
La ligne d’horizon
Où seuls résonnaient les pas
Des contemplatifs
Le ruissellement de l’encre
Et de la couleur
La baie
Je suis une enfant
Et je nage nue dans l’océan
Atlantique
L’eau plus douce que l’air d’avril
Me fait songer au rivage avec appréhension
Et je rechigne à quitter l’onde
Pour le rejoindre
De la fumée drape ma tête
Qui est
Telle la cheminée d’une demeure
À demi ensevelie
Dont la flamme redouble dans le foyer
Tandis que je m’immerge
Durant cette seconde sans respiration
Ni vision
Une fulguration me révèle
L’inconstance des liquides
La fixité du temps
Quand je sors de l’eau
Ces vérités
S’enchevêtrent aux algues spumescentes
Et ne peuvent me suivre
Ainsi des heures futures
Me sont soustraites
Et rendues au cosmos
Compagnie des peines
Parfois ils se placent devant mes yeux
Dans une attitude qui leur était familière
Souvent à l’heure où la terre fume
Augurant d’une chaude journée
Ou conséquence d’une nuit glaciale
Toute entière dévolue à chasser les cauchemars
Ils se trouvent à l’endroit précis que je souhaite observer
Puis-je présumer qu’ils m’attendaient
Ils n’ont que peu d’expressions
M’enveloppent de senteurs anciennes
Et d’impressions de déjà vu
Qui me projettent à l’intérieur
D’une heure quelconque du passé
Dont la vivacité me surprend
Fallait-il pour qu’elle meure que je la pénètre de nouveau
Enfin ils disparaissent
Et persiste un instant dans l’air matinal
L’exhalaison âcre de leur déconvenue
Ont-ils oublié une fois encore
Que dans le lieu où ils me veulent
Je suis tout aussi fantôme qu’eux
Drageon
Il y a dans mon être périssable
Des graines immortelles que tu as plantées
Un jardin tout entier
– D’abord ceint par mon âme peureuse –
Que tu as rendu à sa propre nature
