Ce rêve
Celui où
Les heures reculent
Alors que tu avances
C’est tout ce que tu auras
Une promenade
Où tu emprunteras
Pour rentrer
Un autre chemin
Que celui de l’allée
Puis un autre
Et un autre encore
Jusqu’à ce que tu comprennes
Qu’il n’a jamais été question
De rentrer
Ce rêve
Celui où
À force d’égarements
Tu oublies
D’où tu viens
Et pourquoi tu es là
C’est tout ce que tu auras
Segal

À marée basse j’ôterai mollement le sable collé à ma voute plantaire
Alors que le sang et les autres substances formeront des arcs-en-ciel
Flottant à la surface de l’eau
Au milieu de quartiers d’oranges
Le long de la grève
Je courrai comme dans mon souvenir
De toutes les manières enfantines possibles
Le corps ébranlé par un cri colossal
Audible par moi seule
D’autres pour passer le temps
Feront des mobiles argentés avec les os éparpillés du Léviathan
Puis du feu et des armes
Il n’y aura pas un bruit
Une luminosité pâle
Et des tombereaux de plumes d’oiseaux marins plantés dans la dune
Jamais de vent d’aucune sorte
À marée basse sera une expression ancienne
Signifiant désormais autre chose
Je courrai vers l’île
Bras et jambes désarticulés
Marionnette gauchement actionnée
Enivrée par des senteurs fossiles
J’emprunterai le sentier inondable qui se trouvait là
Du temps où je rêvais que les plumes colorées
Des perruches ondulées que j’enterrais à Segal
Devenaient solents spis tourmentins
Et qu’ainsi pourvue de voilure
L’île prenait le large
