
dans le vent se tailler des ailes
et sachant le départ possible
librement faire le choix de rester
l’amour est un hasard qu’il faut contredire
Illustration du texte : ©Yvette Achkar, "Composition en noir et rose", 1987, ©Sursock Museum Collection.
"Je ne fais pas partie du mouvement de la rue, puisque je le contemple." Virginia Woolf

lorsque que je nage dans l’océan
que mes membres cherchent l’équilibre seulement
pour que j’y demeure en mouvement
sans désir d’aller
je ne suis pas ce que j’écris
Illustration du texte : April Gornik, "Storm, Light, Ocean", 2014, huile sur lin, 2 x 2,7 m ©April Gorniket Miles McEnery Gallery, New York, NY.

Ce que je n’écris pas n’est pas tu
cela se dit
Comme tout geste de nature
Ce que je n’écris pas
vente et pleut et embellit
— il faut des yeux pour lire
une peau pour sentir —
il est possible que la nature
n’attende rien de plus que d’être
sans être vue ni touchée
il est possible que l’absence notre faiblesse
soit l’aliment de son éternité
Illustration du texte : ©Rosa Bonheur, "Tree Study" aquarelle. ©The Cleveland Museum of Art

Quand je te regarde dormir
toute partie
toute là
couverte par le seul voile d’été
mes mains aiment penser qu’elles n’oublieront jamais
ce que les mains oublient toujours
la peau la peau la peau
Illustration du texte : Suzanne Perlman, "Reclining Nude", 1986, huile sur toile, © Suzanne Perlman Estate.

C’est effrayant la vitesse
où vont les choses
ce n’est pas nous qui allons vite
c’est quelque chose qui vient vers nous
à toute blinde
pourtant rien ne vient jamais vers nous
c’est plutôt nous qui allons vers
c’est effrayant de ne plus aller vers
à notre rythme
c’est effrayant
ces jours qui se comptent comme des secondes
d’une seconde à l’autre
les ruines
d’une seconde à l’autre
les bibliothèques brûlées
et avec les cendres de mots
d’une seconde à l’autre les ordres
les pensées difformes
c’est effrayant la vitesse
plus le temps d’oublier
plus le temps non plus de ne pas oublier
Illustration du texte : ©Romaine Brooks, "La France croisée", 1914, huile sur toile, ©Smithsonian American Art Museum.

après tu verras les aiguilles de l’averse recoudre les écorces des vieux chênes le vent nu courir comme jamais nous n’avons su le faire tu verras partout laissées par moi des traces incomplètes qui attendent ta main ou ta voix pour me les expliquer tu marcheras encore tu feras tout encore assise sur la plage une compagne toujours à tes côtés tu te regarderas nager Illustration du texte : ©Lucile Passavant, "Baigneuse assise", sans date, bronze à patine brun foncé

Quelqu’une ailleurs
je veux dire hier
je veux dire là-bas
léchait le sel sur la peau
d’elles qui ont aimé s’élancer
au centre de ses cuisses
chuchoter au bord de ses lèvres
et même les ailes prises dans la lave durcie de l’île
l’oiselle ne cesse d’être une voleuse
aimer c’est
comme marcher longtemps
comme aller loin
et même c’est encore ici
dans un sens ou dans l’autre
je veux dire hier
je veux dire aujourd’hui
c’est encore ici
Illustration du texte : Bertina Lopes, "La vita è una eruzione volcanica", 1997, huile sur toile © Bertina Lopes.