
d'elles étendues sur asphalte Elle Peut Voir les chevelures luisantes de gas-oil collantes par endroits comme serpents almandin qui leur barrent fronts et tempes d'autres Elle ne Voit rien Elle les Devine là au milieu des gwakers peut-être recroquevillées peut-être assises se balançant d'avant en arrière disant poème litanique dans une langue venue d'ici de l'endroit même où elles sont tombées et qui leur appartient car elles ne marcheront plus elles s'en désolent un peu pendant qu'ils les dupliquent d'autres toute couvertes de matière noire Elle ne Voit que les os blancs qui déjà se détachent de leurs peaux goudronnées qui déjà sont polis en vue d'être exposer déjà portent le nom de leur inventeur sur plaque cuivrée de table-vitrine Elle Dit toutes nous demeurons dans une aube brumeuse sur prairie grise quelquefois désertée par combattants appelés ailleurs partout ailleurs par voix impérieuses qui leur font lever les yeux au ciel qui leur font voir le ciel propre quoiqu'il se passe en bas quoiqu'ils fassent en bas nous demeurons parmi les herbes brutalement couchées par les piétinements qui sont comme archives des violences dont on fait livres de chevet sommes trempées jusqu'aux cuisses par rosée bien mal nommée coupées aux pieds par éclats d'os saillants d'elles enfouies à la hâte avec leurs héritages de mots impropres à la poésie qui ne font pas plus Histoire qu'histoires nous demeurons dans une aube qui n'est pas le matin seulement mot bêtement poétique déposé sur les langues par exécutrices et exécuteurs testamentaires d'immortels absents elles et eux aimant les belles choses comme tout le monde ©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #10, 2021.






