Je Voudrais que vérité du monde fasse poésie
Je Voudrais que Ma Langue de poésie fasse poèmes
Je Voudrais que Ma main n'ait qu'à les ramasser
pour Toi Haute sur la plus haute
Je Voudrais mentir
Je Voudrais de beauté poétique faire beauté humaine
seulement
Elle
Dit
quand le fruit est si haut
qu'ils ne peuvent l'atteindre
abattons l'arbre ils crient
après qu'ils l'ont fait
il ne s'en trouve aucun
pour cueillir le fruit
Il y a quelque part elle dit
si le soleil ne l'a pas séchée
si l'averse ne l'a pas lavée
un peu de ma salive
à cet endroit où
mais je ne sais plus où
j'ai ouvert la bouche pour dire
et rien n'en est sorti
Il y a là-bas elle dit
si le chien ne l'a pas léché
si la terre ne l'a pas avalé
un peu de mon sang mêlé à ma salive
à cet endroit où
mais je ne sais plus où
j'ai ouvert la bouche pour dire
et d'abord rien n'en est sorti
et puis des pierres en sont sorties
qui ont blessé mon larynx
et ma langue et mes lèvres
Il y a quelque part elle dit
un endroit où
mais je ne sais plus où
j'ai ouvert la bouche pour dire
Maintenant il faut la tuer
Celle qui t'a conduite jusqu'ici
Elle te le demande
Avec ces yeux-là
Les mêmes qu'elle lançait loin devant elle
Sans se soucier de ne plus y voir
Disant comme ça Je verrai plus grand
Si je gagne des yeux plus grands
Elle rejouait ses gains
Et même des yeux plus grands
Elle les rejouait
Puis elle les perdait
Maintenant il faut la tuer
Celle qui n'est rien d'autre que l'autre
Avec son nom donné du bout des lèvres
Dans la brièveté d'un amour posé là
Comme mouche se pose n'importe où
Elle lançait loin devant elle ce nom
Sans se soucier de ne plus être vue
Disant comme ça Pas vue pas prise
Elle comptait sur la nuit
Pour ralentir le jour qui vient
En tout semblable au jour parti
Elle comptait sur le rêve
Pour ramener tout ou rien
Pour ramener mieux ou pire
Pour ramener pareil
Elle attendait
Elle aimait attendre
Elle n'aimait qu'attendre
Elle ne parlait plus
Ou seulement elle formait des mots
À partir de sons chopés avec sa langue
Dans la gueule des chiennes sauvages
Qui lui tournaient la tête
Qui lui tournaient autour
Avec leurs pattes sales et douces et leur odeur de vent
Et d'amande de mer
Maintenant il faut la tuer
Celle qui n'est rien d'autre que tout
Elle te le demande