vite Elle Cherche l'autre qui en tout bord de falaise va se balancer d'avant en arrière au rythme lent d'un chant de cœur niché entre ses jambes Elle Court vite vers Elle avant la vague nocturne qui amène mélancolie et mort sans être vue sans être entendue celle-là d'ombre plus noire que nuit s'élève bien au dessus de la falaise après tombe en déluge de toute sa hauteur lui si dru si continu qu'il te noie sur la terre vite comme antilope et tenant un jour volé entre ses crocs serrés qu'Elle Meurtrit malgré Elle vite Elle Court vers les terminaisons terrestres les terminaisons celestres vers le point culminant de toutes fins écrites pour faire début et fin vite Elle Enterre le jour que Sa Gueule a percé et Vole un autre jour qu'elle Tient moins serré mais Elle Aime le sang ça Lui Revient et Ses Crocs la contentent et le Chant de son Cœur niché entre ses Jambes rythme son Contentement d'Être Baignée d'ivresse vite Elle Court vers l'autre Tenant dans sa Gueule Sa Proie exsangue légère qu'Elle Arrivée Jette du haut de la falaise dans un mouvement de tête dédaigneux devant Elle démuselée vite les frictions de Leurs côtes et de Leurs Ventres font sable du granit les os de Leurs Hanches et de Leurs Cuisses Encastrées broient les préfixes de réitération Leurs Lèvres et Leurs Langues Bâillonnent les instruments de la parole lèvres et langue Leurs Membres Noués entre Eux Écrasent les huit points cardinaux sis du haut en bas d'Elles en Leur Dedans et Leur Dehors après repartir ne Leur est plus possible aller rien ne l'empêche ©Encre sur papier de Corinne Freygefond, Sans titre #2, 2020.
Chant I
Elle
Court vite
selon ses propres Dires
vraiment vite
routes pistes déboulées
avenues artères déboulées
Elle
Dit
il y a toujours quelqu'un
pourtant jamais personne
Elle
Se Désigne tantôt comme
vassale sanguine
amazone dolente
tantôt autrement
eux
(les croisés)
visages ravis
à l'authentique noir du tombeau
fichés sur enseignes et riant aux éclats
devant soleil couchant
Elle
Dit
ça n'existe pas le soleil couchant
eux
(d'autres qu'Elle croise)
ravisseurs implorant la haine
la vraie la grande la fortunée
debout sur des half-tracks renversés
eux
(d'autres encore)
bouches béantes posées sur bouches fermées
Elle
Voit tout
comme noir sur blanc
comme nuit sur jour
mais
Il n'y a pas plus cons que les yeux Elle Dit
Elle
Écrit
électricité centrale du Ventre
concentration d'Atomes énucléés
Fente comme cicatrice
nombril comme cicatrice
cicatrices comme fenêtres
et portes Condamnées
Elle
Court vite
selon ses propres Dires
vraiment vite
Elle
Écrit
vite comme
lumière
antilope
jet de foutre ambisexe
vite comme vite vite vite
©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre, 2020.
La mangeuse de ville
Il y a quelque part elle dit si le soleil ne l'a pas séchée si l'averse ne l'a pas lavée un peu de ma salive à cet endroit où mais je ne sais plus où j'ai ouvert la bouche pour dire et rien n'en est sorti Il y a là-bas elle dit si le chien ne l'a pas léché si la terre ne l'a pas avalé un peu de mon sang mêlé à ma salive à cet endroit où mais je ne sais plus où j'ai ouvert la bouche pour dire et d'abord rien n'en est sorti et puis des pierres en sont sorties qui ont blessé mon larynx et ma langue et mes lèvres Il y a quelque part elle dit un endroit où mais je ne sais plus où j'ai ouvert la bouche pour dire
La clébarde
Maintenant il faut la tuer Celle qui t'a conduite jusqu'ici Elle te le demande Avec ces yeux-là Les mêmes qu'elle lançait loin devant elle Sans se soucier de ne plus y voir Disant comme ça Je verrai plus grand Si je gagne des yeux plus grands Elle rejouait ses gains Et même des yeux plus grands Elle les rejouait Puis elle les perdait Maintenant il faut la tuer Celle qui n'est rien d'autre que l'autre Avec son nom donné du bout des lèvres Dans la brièveté d'un amour posé là Comme mouche se pose n'importe où Elle lançait loin devant elle ce nom Sans se soucier de ne plus être vue Disant comme ça Pas vue pas prise Elle comptait sur la nuit Pour ralentir le jour qui vient En tout semblable au jour parti Elle comptait sur le rêve Pour ramener tout ou rien Pour ramener mieux ou pire Pour ramener pareil Elle attendait Elle aimait attendre Elle n'aimait qu'attendre Elle ne parlait plus Ou seulement elle formait des mots À partir de sons chopés avec sa langue Dans la gueule des chiennes sauvages Qui lui tournaient la tête Qui lui tournaient autour Avec leurs pattes sales et douces et leur odeur de vent Et d'amande de mer Maintenant il faut la tuer Celle qui n'est rien d'autre que tout Elle te le demande
Contre les murs

Enfermée dans la douceur Pas la vraie Pas la mienne À l'intérieur Rage et jouissance et Ravissement Pour les paysages les écrits Les êtres rêvés À la longue Dégoût du rêve De ses sujets de ses objets Mal formés Puis enfin La faim de nouveau Le désir pour les rêves informes Seule compagnie Seule vérité Dans l'espace restreint Du corps enfermé dans la douceur Pas la vraie Pas la mienne La mienne Capable de disparaître Capable de se renier Et de frapper et de mordre et de lécher La mienne toute entière contenue dans l'air les liquides Le silence Qui fait le bruit et la fureur De toutes les tempêtes Toile "Les linges" © Gabrielle Segal
Des siècles d’écritures
L'autre L'amante Prête à en découdre Avec les siècles de couture À l'aube quitte Un lit blanc et rubis Qu'elle appelle notre lit Bien qu' elle y dorme seule Ah mais les rêves dit-elle Ne comptent pas pour rien L'autre L'amante Tombe sur les genoux Se relève et retombe Se relève et retombe Se relève encore De loin elle le sait Cela semble une danse Cela semble une ivresse
Scyalitique
Quelque chose reste de l'infinie douceur Pourtant jamais venue Jamais tenue Entraperçue parfois Dans la cambrure d'un corps Cependant qu'il retombe Tandis que le jour noie de sa lumière clinique Et même en pleine nuit Toute chose rêvée Toute chose voulue Toute chose donnée
Cinglés

Là devant nos yeux La force déversée D'une pluie cinglante qui ne s'arrêtera plus Qui refuse de mourir Ou qui ne le peut pas Qui ne le peut plus Comme si le mouvement Inlassablement répété De ses éléments Nés à distance infinie de nos esprits S’évertuait à marteler le lieu de notre présent Dont on se moque bien Préférant depuis toujours et pour toujours Regarder loin devant regarder loin derrière Revenant dans le jour seulement Pour y laisser notre dépouille
Poème blanc
Il est si simple de disparaître Quand le choix du silence Se fait malgré moi Si simple de le sentir couler Comme sang hors des artères Chaud mais glaçant la chair Si simple de disparaître Sous le drap de la mélancolie D'y somnoler sans trouver le sommeil Si simple de laisser le silence parler à ma place Sa voix pâle et diaphane Comme moi-même suis devenue Résonne sans que cela s'ébruite Toute chose murmure Y compris la lumière Tout chose hurle Y compris la pénombre
Poésie pauvre
Le temps a déposé là Sur mon sein Une peine définitive Tel un cœur apparent Que je n'ose pas toucher Ni même regarder C'est assez qu'il batte Avec plus de vigueur Que ne le peut le centre De ma poésie pauvre De ma parole arythmique Mon véritable cœur


