Henry David Thoreau. Marcher

Je voudrais me faire l’avocat de la Nature, de la vie absolue et de la vie sauvage qu’on y trouve, par contraste avec la liberté et la culture simplement policées. Je souhaite considérer l’homme comme un habitant ou une partie intégrante de la nature plutôt que comme un membre de la société. Je désire faire une déclaration extrême, fût-elle exagérée, car il y a suffisamment de champions de la civilisation : le pasteur, le conseil scolaire et chacun d’entre vous s’en chargent fort bien.

Arpenteur

Je vais les yeux ouverts
Les jambes mues par le temps
Je me nourris de l’iode
Que répandent dans les terres
Les frégates égarées
Et de l’air expiré
Par les vagabonds
Je ne veux rien
Qui ne pourrisse pas
Rien qui dure
Je veux mes pieds couverts
D’une crasse argileuse
Sentir le ver attendre sa nourriture
Je veux vivre ainsi
Sachant que je ne sais rien
Que je n’ai rien appris
Sauf que ce que l'on cherche
Est dans le temps perdu

Se voir

Approche-toi de moi,
Regarde.
Je ne suis pas que visage.
Là, je grimace
Pour me passer le temps,
Ou pour te ressembler.
Ne ferme pas les yeux
Comme à ton habitude,
Tu me perdrais.
Je ne mens pas,
Ta mémoire me fuit.
Vas-y, force tes souvenirs.
Nulle part en eux
Tu ne vas me trouver.
Là, Regarde.
Je me taille ce beau sourire
De tes quinze ans.
Non, bien sûr, il ne tient pas.
Je ne suis pas que visage.


Crédit photo C.F. 2019

Virginie Despentes. Baise-moi

Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d’honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s’habitue à endurer n’importe quoi et à survivre à tout prix.

Heure devenue pierre

Si après mon départ
Je pouvais revenir
Ne serait-ce qu’une heure
Je choisirais celle qui les porte toutes
L’ultime heure de notre amour

L’infini poème

Les Ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile .
Ary SCHEFFER, vers 1855.
Dante, tu avais raison.
Il n’est pas de douleur plus grande
Que de se souvenir des jours heureux dans le malheur.

Il n’est pas d’été que le malheur ne glace,
Pas de lumière qui perce son obscurité.
Ah ! de Musset, sans doute tu as regretté tes vers
Quand cette vérité s’est imposée à tes propres yeux.
Et nombreux sont ceux à qui elle se dévoile.
Ou bien, dans un emportement de détresse,
Pensais-tu par le poème
Mystifier rien de moins que le cosmos.
Ou alors, étant de ces rares bienheureux
Épargnés par le si banal malheur,
Tu n’imaginais pas son infini pouvoir
Sur le temps.
Ni que son divertissement
Fût d’aller y quérir ses contraires
Afin que leur éclats
Blessent de pauvres cœurs.

Refus de l’aube

Je savais venir l’aube
Au chant du premier oiseau
Celui qui réveille le ciel
La nuit me caressait
Comme caresse l’amante
Pour que je sois dolente
Et n’aie plus de désir
À offrir au grand jour
Le grand jour disait-elle
Laisse-le à ceux-là
Qui croient que se lever
C’est se mettre debout

Je savais passer l’aube
Et le reste du jour
Au chant du dernier oiseau
Celui qui endort le ciel

Qui verra ?

Deux ombres s’éreintent
À devenir lumière.

De leur corps brisés
Par cet effort vain,
À leur fin, elle s’échappe.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑