Virginie Despentes. Baise-moi

Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d’honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s’habitue à endurer n’importe quoi et à survivre à tout prix.

Heure devenue pierre

Si après mon départ
Je pouvais revenir
Ne serait-ce qu’une heure
Je choisirais celle qui les porte toutes
L’ultime heure de notre amour

L’infini poème

Les Ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile .
Ary SCHEFFER, vers 1855.
Dante, tu avais raison.
Il n’est pas de douleur plus grande
Que de se souvenir des jours heureux dans le malheur.

Il n’est pas d’été que le malheur ne glace,
Pas de lumière qui perce son obscurité.
Ah ! de Musset, sans doute tu as regretté tes vers
Quand cette vérité s’est imposée à tes propres yeux.
Et nombreux sont ceux à qui elle se dévoile.
Ou bien, dans un emportement de détresse,
Pensais-tu par le poème
Mystifier rien de moins que le cosmos.
Ou alors, étant de ces rares bienheureux
Épargnés par le si banal malheur,
Tu n’imaginais pas son infini pouvoir
Sur le temps.
Ni que son divertissement
Fût d’aller y quérir ses contraires
Afin que leur éclats
Blessent de pauvres cœurs.

Refus de l’aube

Je savais venir l’aube
Au chant du premier oiseau
Celui qui réveille le ciel
La nuit me caressait
Comme caresse l’amante
Pour que je sois dolente
Et n’aie plus de désir
À offrir au grand jour
Le grand jour disait-elle
Laisse-le à ceux-là
Qui croient que se lever
C’est se mettre debout

Je savais passer l’aube
Et le reste du jour
Au chant du dernier oiseau
Celui qui endort le ciel

Qui verra ?

Deux ombres s’éreintent
À devenir lumière.

De leur corps brisés
Par cet effort vain,
À leur fin, elle s’échappe.

Lunch Poem *13

L’heure se rapproche 
Dangereusement de la nuit
Une nuit qu’on devine
Par son agitation
Le temps au carré rapetisse les corps
Les faisceaux lumineux
Transpercent les organes tendres
Plus rien ne subsiste d’éventuels épanchements
On frappe
On crie
On chute
On ne se relève pas
On se demande ce qui est arrivé
On interroge les passants : Qu’est-il arrivé ?
Ils haussent les sourcils
Accélèrent le pas
On abandonne nos mémoires
Sur les bancs lisses des cathédrales encastrées
Epaules contre épaules
Inutilement proches
Absurdement pressés que le jour se lève
On polit les trottoirs
On se croise dans les vitrines sales
Sans se reconnaître
On transporte avec nous des fragments de peinture
On cherche à se connaître
On se cherche dans les gravats des effondrements
Sur les draps tordus tout autant que froissés
Sur les rides de l’eau
Sur les rides de peau
On cherche à s’effondrer sans y parvenir
On s’effondre plus tard
Alors qu’on nous soutient
On a d’étranges pensées
Puis cessons de penser
On cherche à s’oublier
En se crevant les yeux
On se perd sans jamais s’égarer
La fin de la nuit
C’est la fin de la vie
Et ça recommence

Françoise Héritier. Le sel de la vie

Il y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d’exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements politiques et de tous ordres, et c’est uniquement de cela que j’ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie.

Rive sans Narcisse

Penchée au-dessus de l’eau
Je m’observe
Les yeux dans mes yeux
Lentement mes yeux reflétés
Se libèrent de l’emprise
De mes yeux véritables
Et s’en vont contempler
La beauté du ciel

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