L’affreuse sensation
de ne pas me pouvoir là où je me trouve
qui me jette à la rue
et je n’y fais rien qu’idiotement marcher
m’attachant aux visages détachés
à la pâle poésie d’une fleur coincée
dans la fente d’un pavé
l’affreuse sensation
comme n’être qu’élément
sans membres ni conscience
de ne pas vouloir me garder assise
alors que je viens de m’asseoir
vite je me lève
et marche encore marche
sans plus rien regarder
le cœur se traînant
en demandant réponse
en demandant asile
tu ne peux pas l’écrire
le sol ne te tiendra plus
les murs et la nuit même
auront perdu leur opacité
il y aura bel et bien un lieu charnel
mais tu ne pourras t’y poser
l’amour viendra alors que tu te seras envolée
devenue trop légère pour qu’une main te happe
si résolue soit-elle
tu ne peux pas l’écrire
de là où tu te trouveras
commencement et fin seront semblables
le bel entre-deux piégé derrière leurs bords rassemblés
seule je parle haut le cœur sur ma langue avec la voix battante
mes mains durant ce temps ne veulent pas écrire
mais je ne me dis pas tout — dans la pièce meublée de sourires massifs Melanie bêtement songe à la Californie — non je ne peux pas tout me dire
après que j’ai fait mon tour nocturne mon terrible tour nocturne quelques paroles amères se disent malgré moi qui me viennent du ventre Ici et maintenant c’est où c’est quand
mais au jour les mots se baignent dans ma salive comme les femmes dans la mer Égée — tu as nagé jusqu’au rocher et retour (l’empreinte de tes lèvres a mis du temps à sécher sur mes yeux malgré le dérèglement climatique) —
pâle veinée de rouge d’ocre et sa forme de cœur usé par les amours divinement gâchées cette pierre comme tombée de moi sur le sable noir de l’estran je ne la ramasse pas
tout à coup il n’y a en moi plus rien qui fait cendre