Dédale poémique

©Anna-Eva Bergman
une chambre avec vue
sur la mer

on dit
c’est l’hiver
l’eau est noire
sauf autour
de la presqu’île
où elle se dentelle
de blanc
par la fenêtre close
on aperçoit
ce cercle onduler
à la surface de l’eau

de notre point de vue
on n’en distingue
ni le début ni la fin
alors on dit
c’est le labyrinthe
amoureux


©Anna-Eva Bergman, N°49-1973 Vague Baroque, 1973, acrylique, pâte à modeler et feuille de métal sur toile. 

Le sel et le sable, repousse-poussière

©Anna-Eva Bergman
le tuer
oser le faire
une bonne fois pour toutes
l’achever
debout sur l’aplomb de falaise qui retient sa férocité
d’où on peut le voir rugir sans crainte

vraiment sans crainte ?

le corps couvert de ses embruns
salé comme une peau prête à être dévorée

non il faut attendre
que nous pique une impatience d’enfant
de cet enfant ignorant que le tuer
le rendrait vorace 
plus qu’il ne l’était
ou en éveillerait d’autres lui ressemblant

l’enfant en ma demeure sait peu de verbes
et c’est bien
car il les sait vraiment

le tuer
effriter à mains nues la pierre de la falaise 
et le laisser couler au rythme de la fêlure
le long d’une fente tellurique
comme rivière se répand
dans le lit du temps de l’espace de l’esprit

et s’asseyant là en bordure de l’eau calme
comprendre – sans pensée aucune –  que tuer le désir
c’est lui donner la vie


Illustration ©Anna Eva Bergman, N°8-1969 Grand horizon bleu, 1969, Vinyle et feuille de métal sur toile. 

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