Pour la grâce. Caroline Dufour

©Caroline Dufour
y a une femme en colère
dans la rue d’à côté

t’allumes la machine à café
et tu fuis, avec ou sans rivière

l’heure a trouvé son os, un vieux de ces jours-là –
de ta peau hématome à force de débouler
l’escalier de ciment

et ta mère qui disait
que chaque maladresse cachait une absence de soi –
le rosier du jardin qu’il faudra mettre ailleurs
on y croyait si peu qu’on l’a planté à l’ombre –
mais qu’est-ce qu’on a pensé ?

toi tu courais pour fuir la marmaille
tu volais des ailleurs au fond des garde-robes
des forêts au plus près de la grâce

et là l’eau froide qui te prend
sans retenue
qui t’aime de toute son âme d’eau

c’était ça tout du long


©Photo Caroline Dufour "Chemin faisant", Montréal, Juin 2022.
https://carolinedufour.com/

Caroline Dufour – À moi le silence (Poursuite)

©Imogen Cunningham
là où quand je mords
ça blesse
et le creux laissé vide


le mal à prendre
ce qui se tend


pour le désir
et tout ce qui nous fait


défaites

durables comme le soleil

C.D.


Le site de Caroline Dufour

Photographie Imogen Cunningham, "Two Callas", vers 1925, tirage gélatino-argentique. © The Imogen Cunningham Trust.

Archive des riens

Ton démon. Il beugle : Pauvre geignarde ! Triste figure ! N’as-tu donc pas fini de te lamenter ? Regarde, ta main, à peine légitime à accomplir cet acte, tremble avant d’écrire. Pourtant, tu rechignes à m’extirper des profondeurs. Tu refuses mon aide. Tu me penses fait d’ombre. Mais tu te trompes. Pas d’ombre sans lumière. J’aime la clarté, dis-tu, et contempler à cru le dessin de mes rides et plaies. Je crains les artifices. Mais moi, objecte ton démon, je n’y recours pas. Je te montre les creux, les failles, les taches, les cicatrices. De tout, je fais matière d’écriture. Et toi que fais-tu de tout cela ? Rien, tu n’en fais rien. Oui, tu cajoles tes tragédies. Bien conservées dans le vinaigre de ton amertume. Baignant dans un alcool qui préserve leur pouvoir. Tu les immortalises, pauvre idiote, cependant qu’elles te tuent. Tu écris en compagnie de leur bocal, tournant autour de ce pot, avec ta main qui tremble sauf quand elle caviarde les phrases dures, brutales et frontales. 
Le véritable objet de tes tourments, sais-tu seulement ce qu’il est ? Non, tu ne le sais pas. Moi si, je suis ton démon. Je l’ai vu s’installer en toi, cet objet, avant tes premiers pas, tes premières paroles. Tu veux que je te dise ? Ce n’est rien de plus qu’un vide. Un organe vide ? Si ça peut te faire plaisir. Un organe vide irrigué par ton sentiment d’incomplétude qu’engendre son inutilité.
Un conseil, ma chère amie, défais-toi de ce qui est perdu et de ce que tu ne peux pas nommer. Ça ne fait pas une vie, ça ne fait pas un livre. Ça fait mal, c'est tout. 


*nos petites habitudes
vilaines, serpentines
auxquelles on s’accroche
pensant se reconnaître

le mot pensant pèse lourd ici

nos petites servitudes
jusqu’à celle de se vouloir libre
enfin, dit l’ombre
je t’aime, pas toi?

et le mot croire, là

Dansons veux-tu
ou comme dirait l’autre –
danse-moi jusqu’à…
dance me to the end of love…



*Texte de Caroline Dufour
https://carolinedufour.com/

Et pourtant de glisser. Caroline Dufour

C’est vrai que c’est à fond et que sinon c’est pas. Comme c’est d’être tendre dans un monde à bascule et pourtant de glisser dans mille trous d’enfance. J’ai beau dire le contraire, j’aurais pu autrement. Ça prend si peu d’espace de prendre moins d’espace, d’ôter mes grosses bottines à moi. Mais les failles s’en mêlent et mes intérieurs blêmes. Je reste bête et encoffrée.

En attendant, gardes-y l’aube, elle sait si bien être à nous deux. Et dis-moi nos désirs, les tiens, les miens, là détournés. Et que dans la noirceur quand même, la beauté s’insinue.

Crédit Photo ©Caroline Dufour. LES ARMES BASSES,   Le 28 novembre, Montréal 2021.

Crédit Photo ©Caroline Dufour. LES ARMES BASSES, Le 28 novembre, Montréal 2021.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑