tu voudrais que tes yeux redeviennent des yeux
tes mains des mains
n’être pas plus que nuage
mais pas moins
tu voudrais qu’elle existe
la page blanche
la page immaculée
et dessus ne rien écrire
que ce besoin d’écrire ne te soit même jamais venu
la laisser comme ça
la lire comme ça
libérée des sentences tardives
de tes beaux mensonges réanimateurs
de tes vains combats
de résistance poétique
blanche comme drapeaux
des nations sans traumatismes
peut-être il y aura
un jour neuf
devant ce jour
mais est-ce bien devant qu’il faut le chercher
pas plutôt à côté
où l’on se presse tous
peut-être il n’y aura rien
que des êtres défaits
qui progresseront vers la place centrale
bien sûr sans jamais la trouver
en agitant la tête d’avant en arrière
comme rideaux de fenêtres soufflées
qui s’agitent en tous sens
et dehors et dedans
où aller
où aller
comme chevelure des corps
dégagés à bras d’hommes
des rues recommerçantes
ils expulseront par la bouche édentée des façades
des rires forts bien trop forts
comme ceux des putains aux blagues de la clientèle
peut-être il n’y aura rien
qu’un jour comme un autre
que l’on visitera avec un passe coupe-file
en y allant de nos larmes devant
la sainte phrase
‘N’oublie pas’
déclinée dans la langue des tueurs pardonnés
et celle des tués
peut-être un enfant de la guerre
à la peau fine comme une peau de chien
à qui l’on dictera les préceptes
d’une paix toute fraîche
copiera sans y voir de faute
il faut tirer sur les leçons de l’histoirePhotoSibylle Bergemann, Mur de Berlin, 1990.