Elle Dit mouvement rotatoire impérissable langage fait tourbe eau de mer collines canyons dérivations cosmiques torsions circulation des corps dé-pla-ce-ments langage fait guet-apens aller c'est se rendre il dit langage fait fossiles guerre guerriers ininterrompus et prières prières prières langage fait Terre Elle Dit aller ce n'est pas se rendre Elle Poétesse à grande gueule cynocéphale Dit oui Poésie du Renversement et in-verse-ment Elle Dit le trajet de Ma Course est tracé de Mon Être ainsi soit-il ©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre #3, 2020.
Chant II
vite Elle Cherche l'autre qui en tout bord de falaise va se balancer d'avant en arrière au rythme lent d'un chant de cœur niché entre ses jambes Elle Court vite vers Elle avant la vague nocturne qui amène mélancolie et mort sans être vue sans être entendue celle-là d'ombre plus noire que nuit s'élève bien au dessus de la falaise après tombe en déluge de toute sa hauteur lui si dru si continu qu'il te noie sur la terre vite comme antilope et tenant un jour volé entre ses crocs serrés qu'Elle Meurtrit malgré Elle vite Elle Court vers les terminaisons terrestres les terminaisons celestres vers le point culminant de toutes fins écrites pour faire début et fin vite Elle Enterre le jour que Sa Gueule a percé et Vole un autre jour qu'elle Tient moins serré mais Elle Aime le sang ça Lui Revient et Ses Crocs la contentent et le Chant de son Cœur niché entre ses Jambes rythme son Contentement d'Être Baignée d'ivresse vite Elle Court vers l'autre Tenant dans sa Gueule Sa Proie exsangue légère qu'Elle Arrivée Jette du haut de la falaise dans un mouvement de tête dédaigneux devant Elle démuselée vite les frictions de Leurs côtes et de Leurs Ventres font sable du granit les os de Leurs Hanches et de Leurs Cuisses Encastrées broient les préfixes de réitération Leurs Lèvres et Leurs Langues Bâillonnent les instruments de la parole lèvres et langue Leurs Membres Noués entre Eux Écrasent les huit points cardinaux sis du haut en bas d'Elles en Leur Dedans et Leur Dehors après repartir ne Leur est plus possible aller rien ne l'empêche ©Encre sur papier de Corinne Freygefond, Sans titre #2, 2020.
Chant I
Elle
Court vite
selon ses propres Dires
vraiment vite
routes pistes déboulées
avenues artères déboulées
Elle
Dit
il y a toujours quelqu'un
pourtant jamais personne
Elle
Se Désigne tantôt comme
vassale sanguine
amazone dolente
tantôt autrement
eux
(les croisés)
visages ravis
à l'authentique noir du tombeau
fichés sur enseignes et riant aux éclats
devant soleil couchant
Elle
Dit
ça n'existe pas le soleil couchant
eux
(d'autres qu'Elle croise)
ravisseurs implorant la haine
la vraie la grande la fortunée
debout sur des half-tracks renversés
eux
(d'autres encore)
bouches béantes posées sur bouches fermées
Elle
Voit tout
comme noir sur blanc
comme nuit sur jour
mais
Il n'y a pas plus cons que les yeux Elle Dit
Elle
Écrit
électricité centrale du Ventre
concentration d'Atomes énucléés
Fente comme cicatrice
nombril comme cicatrice
cicatrices comme fenêtres
et portes Condamnées
Elle
Court vite
selon ses propres Dires
vraiment vite
Elle
Écrit
vite comme
lumière
antilope
jet de foutre ambisexe
vite comme vite vite vite
©Encre sur papier de Corinne Freygefond. Sans titre, 2020.
La mangeuse de ville
Il y a quelque part elle dit si le soleil ne l'a pas séchée si l'averse ne l'a pas lavée un peu de ma salive à cet endroit où mais je ne sais plus où j'ai ouvert la bouche pour dire et rien n'en est sorti Il y a là-bas elle dit si le chien ne l'a pas léché si la terre ne l'a pas avalé un peu de mon sang mêlé à ma salive à cet endroit où mais je ne sais plus où j'ai ouvert la bouche pour dire et d'abord rien n'en est sorti et puis des pierres en sont sorties qui ont blessé mon larynx et ma langue et mes lèvres Il y a quelque part elle dit un endroit où mais je ne sais plus où j'ai ouvert la bouche pour dire
La clébarde
Maintenant il faut la tuer Celle qui t'a conduite jusqu'ici Elle te le demande Avec ces yeux-là Les mêmes qu'elle lançait loin devant elle Sans se soucier de ne plus y voir Disant comme ça Je verrai plus grand Si je gagne des yeux plus grands Elle rejouait ses gains Et même des yeux plus grands Elle les rejouait Puis elle les perdait Maintenant il faut la tuer Celle qui n'est rien d'autre que l'autre Avec son nom donné du bout des lèvres Dans la brièveté d'un amour posé là Comme mouche se pose n'importe où Elle lançait loin devant elle ce nom Sans se soucier de ne plus être vue Disant comme ça Pas vue pas prise Elle comptait sur la nuit Pour ralentir le jour qui vient En tout semblable au jour parti Elle comptait sur le rêve Pour ramener tout ou rien Pour ramener mieux ou pire Pour ramener pareil Elle attendait Elle aimait attendre Elle n'aimait qu'attendre Elle ne parlait plus Ou seulement elle formait des mots À partir de sons chopés avec sa langue Dans la gueule des chiennes sauvages Qui lui tournaient la tête Qui lui tournaient autour Avec leurs pattes sales et douces et leur odeur de vent Et d'amande de mer Maintenant il faut la tuer Celle qui n'est rien d'autre que tout Elle te le demande



