Femme aux poches pleines de planètes Va Jette-les toutes dans l’océan Regarde-les couler Percées rouges Percées noires Ou bien Fais-les rouler Dévaler la colline Et puis regrette ton geste Toute femme regrette Rattrape-les Cours au-devant d’elles Cours plus vite que les planètes Se faisant tu perdras ce que toute femme perd Tout Tu perdras tout Aussi Déleste-toi Des paroles Des tissus Du temps Regarde les planètes chuter Dans les bouches d’égout Les failles Les fentes Regarde-les se faire broyer Par l’inventeur de la roue Femme aux poches pleines de planètes Cours pour rien Quand tu n’auras plus rien Cours vite Dévale la colline et crie Fort et sans t’arrêter Et rit de la même manière La nature aime la danse Le vide Et les sons
Femme aux poches pleines de terre Verse-la sous la plante de tes pieds Et regarde éclore tes premières fleurs
Une simple distance Infranchissable peut-être Mais connue
J’aimerais Définir en kilomètres Le séjour des absents Et voir un soir d’été – Le soleil le fait bien Qui se répand sur l’herbe – Deux lointains se toucher
Comment n’ai-je pas vu Que le temps sommeillait Ah ça oui maintenant je le vois Si fatigué d’avoir tant dormi Comment n’ai-je pas vu Que dans ses rêves défilait Une vie toute entière Celle qui aurait été mienne Si plus tôt j’avais su Que le déclin n’est pas du temps filé Mais le fruit d’une jeunesse négligée
Si plus tôt j’avais su Que vieillir ne doit rien Aux piqûres des aiguilles Comme j’aurais secoué le temps !
Avant de prendre le large – Et chacun sait Que cela ne se peut pas – Ils s’arrachent racines Feuillages Ne gardent que tronc branches Cœur gravé sur l’écorce Ou maison ou visage Eliminent toute trace de Terre En faisant de grands mouvements tristes Chaque poussière caillou regrettés Les lettres de leurs noms démembrés Ondulant dans l’océan Finissent dans la gueule des poissons Qui se mettent à prier Dans des langues étranges Pour ne pas être pris Mais ils sont pris Et jetés sur la Terre Et décapités Et éventrés Finissent dans la gueule Des hommes/dieux Qui jouent avec leurs yeux cuits Comme avec des perles Et recrachent arêtes et lettres Pour ne rien garder En travers de la gorge Et parce qu’ils se plaisent À être muets
Là Ma langue de pierre Et ses cris fossilisés Là Mes yeux qui mènent À mon âme l’effroi Tout autant que la beauté Là Sur mon ventre Le lien Vers la toute première Ainsi que vers la mort Qui d’abord se fait vie Là Entre mes jambes Le seul lieu au monde Qui m’appartienne
Il n’est pas d’absents Tant que je suis ici Et pourtant Mes yeux Pour eux Ont perdu Toute vie Ce sont eux les absents D’histoires qui se racontent Dans le lieu de mon âme
Cette âme qui se peuple Cependant qu’ici-bas Le désert s’installe
Ce que je perds Chaque pas Chaque expiration Chaque effleurement Ce que je perds en vivant Ce que je soustrais Malgré moi Ce que je jette par-dessus mon épaule Cette heure singulière Cette chambre tiède Ce que j’égare Les clés de toutes les pièces Et les pièces elles-mêmes Ce que je perds Là à ce moment précis Autour de ce qui s’écrit Poussière tu es Poussière tu restes Ce que je perds en vivant Fait la demeure
N’attend pas les ailes Ni la mort Vole maintenant N’aie pas d’autre but Que d’aller n’importe où Contemple sans nommer Tout ce que tu rencontres Ne parle pas ou peu Dis-toi quelques vers S’il t’en vient en mémoire Supposé que tu croises un oiseau – Mais ça n’arrivera pas – Ne fais pas ta fière Passe ton chemin Ne pense à personne De mort ou de vif Hurle s’il t’en prend l’envie Et sanglote et rit et grimace ... Garde bien à l'esprit Que tu ne vas nulle part Que tu y vas en volant Et que tu n’as pas d’ailes