
Elle ne regarde pas la mer tous ils la regardent tous ils rêvent de ces rêves vides qu’on fait devant la mer qui fait toujours ça de vider les têtes elle est debout devant la mer les mains couvrant ses seins nus elle dit de trop petites mains de trop petits seins elle n’attend rien d’être là elle ne sait plus comment elle est venue elle ne sait pas si elle pourra partir à la place elle dit je ne sais pas si je pourrais quitter elle a les yeux fermés face à la mer tous ils ont les yeux ouverts grands ouverts tous ils regardent la saison faire tomber dans la mer ses lumières de saison son roulis de saison leurs bouches aussi sont ouvertes comme s’il en sortait des mots pour dire mais ils ne disent rien sauf des fois ils disent ne va pas plus loin que le bord reste là où je te vois elle ne regarde pas la mer peut-être elle ne sait pas que la mer est là elle n’entend pas non plus les bruits ni de la mer ni de la ville derrière elle ni des oiseaux de mer et les gosses tous les gosses qui crient en entrant dans l’eau plus froide que l’air plus froide que leur peau elle ne regarde pas la mer elle a les yeux fermés elle dit peut-être que je suis regardée elle rit pour se moquer d’elle-même elle dit reste là où je peux te voir Deidi von Schaewen, "Reflections Biarritz", 2011. © Deidi von Schaewen.







