Dans les vrais poèmes les mots portent leurs choses*

©Laure Albin-Guillot
il faut avoir de vraies mains pour caresser un corps
pour qu’il jouisse des caresses
et se sache aimé
pour que l’être ainsi chéri se situe dans le cosmos
à sa place juste 
qu’il reconnaisse tout 
qu’il sache dire le nom de toutes les choses
même celles qu’il voit pour la première fois
celles pas encore venues

il faut avoir de vrais mots 
après les taire si on veut
peut-être les oublier
peut-être les écrire

moi longtemps mes mains étaient de fausses mains
et mes mots des pitons que je plantais dans la roche
à l’insu de ceux qui m’imaginaient grimper à la force des bras

la force de mes bras mon dieu
la force de mes bras

me voyant chuter
vite je rebaptisais ma chute
avec les mots tendus
par cette force forcée

il faut avoir de vraies mains pour caresser un corps 
et qu’il se sache aimé 
il faut avoir un vrai corps et qu’il porte ses choses 



*Titre extrait du poème "La guerre sainte" de René Daumal
Photographie Laure Albin-Guillot, Etude de Nu, vers 1925, épreuve à la gélatine argentique.  ©Musée des Beaux-Arts du Canada.

5 commentaires sur “Dans les vrais poèmes les mots portent leurs choses*

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