
l’arbre foudroyé qui pourrissait en son lit
on disait qu’il nous survivrait
d’autres fois que nous le verrions périr
on y trouvait du quartz et encore du quartz
il entrait dans nos yeux
comme des larmes dures
nos visages ridés par les pattes de libellules
on se pressait d’en rire
avant de brouiller l’eau
de la rivière-peine
et on détalait sur la rive au milieu des orvets
en criant — ignorantes — aux serpents
on disait que le bonheur serait
d’encore voir l’arbre foudroyé
à cette même place
longtemps après qu’il aura disparu
(a-t-on jamais su qu’on se fuyait nous-mêmes)
llustration du texte : ©Else Christie Kielland, "Ciel de soirée à Valevåg" 1947, huile sur panneau en bois, 37,5 x 29,5 cm, ©Nasjonalmuseet for kunst arkitektur og design, Oslo.








