©Imogen Cunningham
lance-toi si lance-toi
sur les versants déclives de tes poèmes massifs
saisis-toi dans ta course d’épingles à cheveux
que je puisse enfermer dans mes boucles le vent de ta vitesse
que je puisse me souvenir
que tout est allé trop vite
que Tout n’a rien laissé du tout
si
des migraines
au fond de mes yeux
comme chaque fois que j’affronte le soleil
ou bien que je libère des gouffres de mon cœur
et de mes rêveries
des amours tant habituées à leur réclusion
qu’elles ne peuvent demeurer dans mes mains ouvertes
sans aussitôt chercher l’ombre et le châtiment
ce n’est pas sans dégât
leur folie affecte mes jours durablement
mais on ne fait rien de ça n’est-ce pas
on ne sauve pas un cœur verrouillé
un cœur avare
un cœur affaibli par les privations qu’il s’impose
lance-toi si lance-toi
moi je suis et je ne peux que rester dans ce temps
où le silence est fait de cris de toutes sortes
aussi du cri de la poésie qui met au monde le poète
Photographie Imogen Cunningham , "The Unmade Bed", 1957, impression gélatino-argentique. ©Museum of Fine Arts, Boston, © The Imogen Cunningham Trust.