la neige était blanche
et les cerfs dessus –
et mon cœur qui battait
plus fort à les y voir
et parfois l’été
mais comment savoir –
un bassin de boue
comme un bassin de peine
Le site de Caroline Dufourhttps://carolinedufour.com/Illustration, Cerf, Abri de Chimiachas, Haut Aragon, Espagne
tu voudrais que tes yeux redeviennent des yeux
tes mains des mains
n’être pas plus que nuage
mais pas moins
tu voudrais qu’elle existe
la page blanche
la page immaculée
et dessus ne rien écrire
que ce besoin d’écrire ne te soit même jamais venu
la laisser comme ça
la lire comme ça
libérée des sentences tardives
de tes beaux mensonges réanimateurs
de tes vains combats
de résistance poétique
blanche comme drapeaux
des nations sans traumatismes
« Elles disent, malheureuse, ils t’ont chassée du monde des signes, et cependant ils t’ont donné des noms, ils t’ont appelée esclave, toi malheureuse esclave. Comme des maîtres ils ont exercé leur droit de maître. Ils écrivent de ce droit de donner des noms qu’il va si loin que l’on peut considérer l’origine du langage comme un acte d’autorité émanant de ceux qui dominent. Ainsi ils disent qu’ils ont dit, ceci est telle ou telle chose, ils ont attaché à un objet et à un fait tel vocable et par là ils se le sont pour ainsi dire appropriés. Elles disent, ce faisant, ils ont gueulé hurlé de toutes leurs forces pour te réduire au silence. Elles disent le langage que tu parles t’empoisonne la glotte la langue le palais les lèvres. Elles disent le langage que tu parles est fait de mots qui te tuent. Elles disent, le langage que tu parles est fait de signes qui à proprement parler désignent ce qu’ils se sont appropriés. Ce sur quoi ils n’ont pas mis la main, ce sur quoi ils n’ont pas fondu comme des rapaces aux yeux multiples, cela n’apparaît pas dans le langage que tu parles. Cela se manifeste juste dans l’intervalle que les maîtres n’ont pas pu combler avec leurs mots de propriétaires et de possesseurs, cela peut se chercher dans la lacune, dans tout ce qui n’est pas la continuité de leur discours, dans le zéro, le O, le cercle parfait que tu inventes pour les emprisonner et pour les vaincre. »