Verse, transposition de rêves

Un bruit entendu
durant ton sommeil léger
pas un cri d’animal
pas un volet qui claque
plus doux que ça

le battement d’une averse
toute proche et parfois lointaine

elle s’interrompt reprend
ici
là

verse pour qui se moque
du flétrissement

ensuite seulement pour qui est altéré

ou le contraire
ou au hasard

en palindrome
comme pour rêver

Paula Braz. Dans le miroir – l’île et la fleur

©Paula Braz
Sans coupure ! Depuis le fond des âges et jusqu’à la déchirure du temps.
Pensée à la verticale / cœur – ventre – peau – œil – terre - /
Lenteur des mains. Vertige de l’imaginaire. Vestige. Synchronisation parfaite.
Visible et invisible – tout le bazar en dedans / cerise ! Fleur – Rouge – Bleue -
Noire. Forcement. Après le possible et l’aube assombrie – Inimaginable 
retour /
Néant plein – œil vide – Des siècles se sont allés dans un décor improvisé -
Revenir au centre du cercle pour sortir au dehors – Émotion de la 
langue.
Sauvagerie profonde du songe qui continue pour ensevelir l’âme agitée.
Toi – Moi – Nous – Sous la couche la peine. Enfin ! On met le chemin 
sous les pieds.
Au profit de l’air – choses minuscules qui frappent le visage en rayons 
d’or.
Pour s’effacer enfin – revenir encore au champ libre de la dérision.
Sans coupure ! entrer dans un espace discontinu où déjà s’emmêlent les branches.
Saut de l’ange – la tête sous le drap - dans l’improbable à n’importe 
quel moment.
J’avais mal vu ! Compris. Ensuite et cetera – on ne revient pas à 
l’autre soi.
Pénombre découpée d’œil et de chair – sur le banc vide à côté du rosier.
L’escalier et la maison bleue. J’entends le murmure des larmes folles. Larmes.
À quelle heure je reviens ? Silence enragé. Sans transition.
Les yeux en sueur tentent un autre naufrage. Ne pouvant plus du feu et 
de la cendre.
Un autre incendie pour les choses humides. Fleuves souterrains d’encre – 
mine grise.
Cette profusion d’âme et de peau où le rêve nimbé fait volte-face sous 
la paupière.
Sans cadre – débris de lumière à même le sol. C’est la fin de l’histoire 
– au début.
Partir en exil pour l’île au-delà du cercle. Obstinément. 
Après l’ultime naufrage – l’absence.
Ensuite vient la suite – sur le rocher et la falaise – traces 
superposées du destin.
Tant pis. Voilà soudain que l’île n’est plus là. Pendant que tout meurt 
– la vie.
Fleur rouge sur page criblée de lettres. Langage abstrait pour la pensée 
et le doute.
De tous les futurs projetés, la tête se raidit bizarrement et revient 
aux lèvres closes.
D’Amour ou de Rien, la pensée dans le miroir absorbe son image la plus secrète.
Et commence déjà à être autre. Avec toutes les choses enfuies qui 
s’unissent pour en finir.
Là où s’unissent les regards quand ils ne regardent plus.
Quand cesse l’éternité et la parole incommunicable dans l’espace où elle tombe. L’Infini.
Dans la fleur, l’île. Rouge – Bleu – Noire. Forcement.
Pour tomber en dedans de je-ne-sais-où. La pensée dévore le corps 
et l’obscur alignement.

Ultime échappatoire d'un langage fermé. Revenir à la sensation.
-  Sans coupure !


 L'ordre inversé des choses  Le site de Paula Braz

La maison d’entre

De ces froidures qui nourrissent la suite
mais de savoir ce qu’il y a sous la neige
quand moi chaque hiver
j’en oublie le printemps*
…

si tes yeux se déjettent
si tes mains à la hâte se placent devant eux
malgré tout tu vois qui ne se montre plus

tout le reste oublié

cette odeur de café
qui semblait pourtant se moquer de tout

la haute maison que ta mémoire a démeublée
ses ajours ne donnent plus sur rien

et Lui jamais même entrevu
Il manque de force pour faire le temps de tes journées

mais toujours tu vois qui ne se montre plus

toujours tu fixes l'heure heureuse
avec un clou tordu
sur un mur qui se trouvait là
et ne s’y trouve plus


*Caroline Dufour

Barbara Auzou. Fugacité CXXXIV

Un astre se souvient encore sans amertume de l’escale passagère de ces enfants aériens conviés à la vie sous un ciel d’étoiles posthumes

Sans livre de bord combien le front haut cabré et criblé de lunes furent blessés d’être devenus des hommes

Et épuisèrent leur souffle à ras de de sable sur les roseaux courts de leur vie qui ne leur rendit rien de l’énigme première ?

Barbara Auzou

Crédit Photo ©Julie

Chant XIV

Une histoire de traces. Comme dans une forêt blanche.
L’immaculé du temps et tout le bleu de l’ombre au beau milieu du jour.*

tu es partie

à chacun de tes pas réflectifs
la matière-miroir de ta peau
a imprimé en toi part de toute chose
gestes animalesques de tout être

course
nage
vol
mouvements disant mieux que paroles
ça tu l’aurais juré
l’involontaire suicide
closant tes amours saccagées

tu es restée

la matière-miroir de ta peau a masqué ton visage
avec figures anciennes 
et figures de passage
aimantes ou non
tu n’as pas su le dire

tu n’as pas su aller

le temps ?
il t’a aimée
il t’a aimée
et puis tu l’as déçu


*Caroline Dufour

Chant XVIII. Traductions italienne, anglaise & espagnole par le poète Marcello Comitini

Avatar de marcello comitinimarcellocomitini

Pablo Picasso, L’amicizia, 1908

Canto XVIII

poggiare teneramente il capo contro la spalla utopica
dell’ultima amica
rendere il suo viso come i volti
che ti hanno fatto bene
le sue labbra come le labbra che ti hanno veramente baciato
che hanno lasciato passare le parole necessariamente dure
i suoi occhi come gli occhi che ti hanno veramente guardato
che non hanno avuto paura di te
che hanno osato voltarti le spalle bruscamente
o soffermarti su vite diverse dalla tua

poggiare teneramente la testa contro il petto utopico
dell’ultima amica
modellare i suoi seni con il peso delle foglie di antichi alberi bronchiali
ascoltare senza angoscia il suo respiro caduco

poggiare teneramente il capo sul cuore utopico
dell’ultima amica
ascoltarlo che batte al ritmo delle sue parole
bambina nuotavo il più lontano possibile dalla riva
e dal largo osservavo
le donne della duna invecchiare
invecchiare e diventare sabbia

(Il solo…

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Chant XVIII

poser ta tête tendrement contre l’utopique épaule
de la dernière amie
fabriquer son visage comme les visages
qui t’ont fait du bien
ses lèvres comme les lèvres qui t’ont embrassée véritablement
qui ont laissé passer les mots durs nécessaires
ses yeux comme les yeux qui t’ont regardée véritablement
qui n’ont pas eu peur de toi
qui osaient se détourner brusquement
ou s’attarder sur d’autres vies que la tienne
…
poser ta tête tendrement contre l’utopique poitrine
de la dernière amie 
modeler ses seins avec le poids des feuilles d’anciens arbres bronchiques 
écouter sans angoisse sa respiration caduque 

poser ta tête tendrement contre l’utopique cœur 
de la dernière amie
entendre celui-là battre au rythme de ses paroles
gamine je nageais aussi loin que possible de la côte 
et du large j’observais
les femmes de la dune vieillir 
vieillir et devenir sable 

(Il s’agit de vaincre l’éternité*
pour enfin se reposer)


*Phrase empruntée au texte Demeure (2) du poète Yan Kouton

Agota Kristof. Le grand cahier

Nous écrivons : « Nous mangeons beaucoup de noix », et non pas : « Nous aimons les noix », car le mot « aimer » n’est pas un mot sûr, il manque de précision et d’objectivité. « Aimer les noix » et « aimer notre Mère », cela ne peut pas vouloir dire la même chose. La première formule désigne un goût agréable dans la bouche, et la deuxième un sentiment.

Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues ; il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est-à-dire la description fidèle des faits.

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