Une histoire de traces. Comme dans une forêt blanche. L’immaculé du temps et tout le bleu de l’ombre au beau milieu du jour.* tu es partie à chacun de tes pas réflectifs la matière-miroir de ta peau a imprimé en toi part de toute chose gestes animalesques de tout être course nage vol mouvements disant mieux que paroles ça tu l’aurais juré l’involontaire suicide closant tes amours saccagées tu es restée la matière-miroir de ta peau a masqué ton visage avec figures anciennes et figures de passage aimantes ou non tu n’as pas su le dire tu n’as pas su aller le temps ? il t’a aimée il t’a aimée et puis tu l’as déçu *Caroline Dufour
Chant XVIII. Traductions italienne, anglaise & espagnole par le poète Marcello Comitini

Canto XVIII
poggiare teneramente il capo contro la spalla utopica
dell’ultima amica
rendere il suo viso come i volti
che ti hanno fatto bene
le sue labbra come le labbra che ti hanno veramente baciato
che hanno lasciato passare le parole necessariamente dure
i suoi occhi come gli occhi che ti hanno veramente guardato
che non hanno avuto paura di te
che hanno osato voltarti le spalle bruscamente
o soffermarti su vite diverse dalla tua
…
poggiare teneramente la testa contro il petto utopico
dell’ultima amica
modellare i suoi seni con il peso delle foglie di antichi alberi bronchiali
ascoltare senza angoscia il suo respiro caduco
poggiare teneramente il capo sul cuore utopico
dell’ultima amica
ascoltarlo che batte al ritmo delle sue parole
bambina nuotavo il più lontano possibile dalla riva
e dal largo osservavo
le donne della duna invecchiare
invecchiare e diventare sabbia
(Il solo…
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Chant XVIII
poser ta tête tendrement contre l’utopique épaule de la dernière amie fabriquer son visage comme les visages qui t’ont fait du bien ses lèvres comme les lèvres qui t’ont embrassée véritablement qui ont laissé passer les mots durs nécessaires ses yeux comme les yeux qui t’ont regardée véritablement qui n’ont pas eu peur de toi qui osaient se détourner brusquement ou s’attarder sur d’autres vies que la tienne … poser ta tête tendrement contre l’utopique poitrine de la dernière amie modeler ses seins avec le poids des feuilles d’anciens arbres bronchiques écouter sans angoisse sa respiration caduque poser ta tête tendrement contre l’utopique cœur de la dernière amie entendre celui-là battre au rythme de ses paroles gamine je nageais aussi loin que possible de la côte et du large j’observais les femmes de la dune vieillir vieillir et devenir sable (Il s’agit de vaincre l’éternité* pour enfin se reposer) *Phrase empruntée au texte Demeure (2) du poète Yan Kouton
Agota Kristof. Le grand cahier

Nous écrivons : « Nous mangeons beaucoup de noix », et non pas : « Nous aimons les noix », car le mot « aimer » n’est pas un mot sûr, il manque de précision et d’objectivité. « Aimer les noix » et « aimer notre Mère », cela ne peut pas vouloir dire la même chose. La première formule désigne un goût agréable dans la bouche, et la deuxième un sentiment.
Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues ; il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est-à-dire la description fidèle des faits.
Daemon
Tu ne peux plus les lire. Ni même les regarder. Les textes finis. Tu as peur. Non pas d’eux, mais de toi. Eux, se sont défaits de toi. Facilement. Toi, malgré tes craintes, tu ne te défais de rien. Écrirais-tu si tu le pouvais ? Bien sûr que oui. Mais tu préfères croire que non. Aucun questionnement derrière cette négation. Une simple absurdité. Tu ne te débarrasses de rien, c’est tout. Seulement tu n’as aucune affection envers ce que tu conserves. Même, une sorte d’aversion. Tu ne te relis pas. Tu ne relies rien. Ce que tu conserves n’est pas le souvenir de ce que tu as écrit, mais le souvenir pénétrant de ce que tu n’as pas écrit. Durant ce temps-là. Le livre derrière le livre. L’autre histoire. Dans cet espace-là. Ta chambre d’écriture. Logis de ta folie – douce. S’asseoir dans ce lieu et écrire, ça ne marche pas comme ça. Ton démon détourne souvent ton regard vers les blancs de tes anciens textes. Il ne s’agit pas tant de commencer que de poursuivre, il te dit. Maudit soit-il de toujours te renvoyer à la cime de ton être ! Il le sait, tu y respires à peine. Il n’en a cure. Il dit comme ça : Tu vas y arriver. Il dit : Ne t’encombre pas trop. Mais ça, c’est une plaisanterie. Il dit : Tu te blottiras, à la nuit, dans la panse encore chaude de l’animal tout juste éventré par tes soins. Tu émettras, au jour, des grognements comme l’animal. Il dit : Des signes noirs envahiront ton esprit. S’aligneront à l’horizontal. Au sens littéral : en direction de l’horizon. Parlant, il tend son index déformé de vieillard devant lui. Il sait que tu sais qu’il ne t’indique pas la bonne direction. Pas plus que la mauvaise.
Archive des riens
Ton démon. Il beugle : Pauvre geignarde ! Triste figure ! N’as-tu donc pas fini de te lamenter ? Regarde, ta main, à peine légitime à accomplir cet acte, tremble avant d’écrire. Pourtant, tu rechignes à m’extirper des profondeurs. Tu refuses mon aide. Tu me penses fait d’ombre. Mais tu te trompes. Pas d’ombre sans lumière. J’aime la clarté, dis-tu, et contempler à cru le dessin de mes rides et plaies. Je crains les artifices. Mais moi, objecte ton démon, je n’y recours pas. Je te montre les creux, les failles, les taches, les cicatrices. De tout, je fais matière d’écriture. Et toi que fais-tu de tout cela ? Rien, tu n’en fais rien. Oui, tu cajoles tes tragédies. Bien conservées dans le vinaigre de ton amertume. Baignant dans un alcool qui préserve leur pouvoir. Tu les immortalises, pauvre idiote, cependant qu’elles te tuent. Tu écris en compagnie de leur bocal, tournant autour de ce pot, avec ta main qui tremble sauf quand elle caviarde les phrases dures, brutales et frontales. Le véritable objet de tes tourments, sais-tu seulement ce qu’il est ? Non, tu ne le sais pas. Moi si, je suis ton démon. Je l’ai vu s’installer en toi, cet objet, avant tes premiers pas, tes premières paroles. Tu veux que je te dise ? Ce n’est rien de plus qu’un vide. Un organe vide ? Si ça peut te faire plaisir. Un organe vide irrigué par ton sentiment d’incomplétude qu’engendre son inutilité. Un conseil, ma chère amie, défais-toi de ce qui est perdu et de ce que tu ne peux pas nommer. Ça ne fait pas une vie, ça ne fait pas un livre. Ça fait mal, c'est tout. *nos petites habitudes vilaines, serpentines auxquelles on s’accroche pensant se reconnaître le mot pensant pèse lourd ici nos petites servitudes jusqu’à celle de se vouloir libre enfin, dit l’ombre je t’aime, pas toi? et le mot croire, là Dansons veux-tu ou comme dirait l’autre – danse-moi jusqu’à… dance me to the end of love… *Texte de Caroline Dufour https://carolinedufour.com/
Fi de l’auto-psy !
Tu parles peu. C’est comme ça. Parler, pour toi, c’est de l’ordre de la fuite (comme dans fuite de gaz), ou du feu qui couve sous la charpente. Tout va bien jusqu’au jour où le cœur s’embrase. Parlant, tu le pressens. Tu pressens la fin du mouvement, figé par le grand incendie. Écrire ce n’est pas parler. Est-ce dire ? Dire, ça t’égare. Trop de définitions pour ce mot. Par exemple cette expression Dire des mensonges. Pourquoi toute une phrase alors qu’il existe un verbe, mentir, qui signifie exactement la même chose ? La même chose, oui et non. Tu mens n’a pas vraiment le même sens que Tu dis des mensonges. Écrivant, tu mens, mais tu ne dis pas de mensonges. Parlant, tu ne sais pas. Tu ne sais pas. Dans ton esprit, les mots que tu t’apprêtes à dire n’ont pas la forme des mots écrits. Ils sont isolés les uns des autres. Ils tentent gauchement de former des images afin de se rejoindre et de faire des phrases à partir de celles-ci. Mais les mots n’y arrivent pas toujours, car à ce moment-là tu es presque aveugle à l’intérieur, aussi tu parles à tâtons. Les sons que tu émets au présent sortent étouffés. Comme si ce temps ne convenait pas à ta parole. Dans l’écriture, le présent convoque d’autres temps. Parfois un autre présent. Avec cette conjugaison en trois dimensions, tu formes des images claires, des phrases précises. Alors que l’existence ne t’offre souvent qu’agitation et égarement, tu parviens, et c’est étonnant, à ordonner l’inexistant. Au fond, c’est sensé. Le tangible se meut, l’intangible pas du tout, ou très lentement. La différence entre observer un papillon en liberté et un autre piqué sur une planche. Le papillon vivant ne donne que peu à voir, cependant qu’il possède tout, le papillon mort donne tout à voir, cependant qu’il ne possède plus rien. Mais l’écriture ce n’est pas ça non plus. Tu dis des mensonges ! En écriture, le vif et le mort à l'intérieur d’un être (vivant ou non) se côtoient ou ne font qu’un. Dans ta parole, il manque une dimension. Laquelle ? Tu ne sais. Tu ne sais pas.
Chant XVII
telle une seule dormant seule tenant racine d’arbre dans une main terre noire dans l’autre trouvant dans le sommeil compagnie des absentes chaque fois éveillée par souffle de novembre celui-là seul qui soulève ses paupières telle une seule demeurant seule levant les yeux au ciel pour y déposer nuages et oiseaux comme elle le fait toujours baissant les yeux au sol pour y déposer consoudes et nigelles de Damas et cosmos et berces du Caucase portant loin ses yeux devant elle pour y déposer sangs sauvages ares et ares et horizon telle une seule composant seule paysage pour les absentes compagnes de sommeil