Inventaire de naufrage – Inventory of ruins

Si tu allumes la radio ils vont tous surgir là et tu n’as pas assez de café de pain de chaises pour tout le monde tu n’as pas assez de sang d’os de chair pour les réparer pas assez de dictionnaires Oxford pour comprendre toutes leurs langues pas assez de bras d’épaules d’estomac d’yeux tu n’as pas assez de lits de coton hydrophile de paracétamol de manteaux d’hiver d’arpents de jardin pas assez de fleurs dans ton jardin pas assez de draps de savon de jouets d’enfant ils vont tous surgir dans ta cuisine et la regarder comme le paradis ils vont y faire ce qu’on y fait mettre de l’eau à chauffer pour le thé faire la liste des courses lire le journal croquer dans une pomme Story en observant par la fenêtre les mésanges qui cassent des graines dans la glycine et dans les autres pièces ils y feront ce qu’on y fait écouter une chanson en boucle jouer de la musique s’enlacer dessiner d’après nature caresser le chat dormir avec le chien s’épiler les sourcils disposer un bouquet d’hortensias fantômes dans un vase en verre soufflé écrire de la poésie discuter jusque tard dans la nuit changer de vêtements décoller le papier peint faire les poussières et tout ce qu’ils feront les fera rire et pleurer en même temps toi tu ne l'entendras pas ce silence mon dieu ce silence If you turn on the radio they will all appear here and you don't have enough coffee not enough bread not enough chairs for everyone you don't have enough blood of bones of flesh to fix them not enough Oxford dictionaries to understand all their languages not enough arms of shoulders of stomach of eyes you don't have enough beds not enough hydrophilic cotton of paracetamol of winter coats of acres of garden not enough flowers in your garden not enough sheets of soap of children's toys they will all appear in your kitchen and will look at it like heaven they will do what everybody do in it here put water on for tea make the shopping list read the newspaper bit into a apple while watching through the window the chickadees breaking seeds in the wisteria and in the others rooms they will do what everybody do in it here listen to a song in loop play music hug each other sketch about nature stroke the cat sleep with the dog pluck the eyebrows arrange a bouquet of ghost hydrangeas in a blown glass vase write poetry talk late into the night change clothes take down wallpaper dusting and everything they will do will make them laugh and cry at the same time you won't hear it this silence my god this silence
Verse, transposition de rêves

Un bruit entendu durant ton sommeil léger pas un cri d’animal pas un volet qui claque plus doux que ça le battement d’une averse toute proche et parfois lointaine elle s’interrompt reprend ici là verse pour qui se moque du flétrissement ensuite seulement pour qui est altéré ou le contraire ou au hasard en palindrome comme pour rêver
Paula Braz. Dans le miroir – l’île et la fleur

Sans coupure ! Depuis le fond des âges et jusqu’à la déchirure du temps. Pensée à la verticale / cœur – ventre – peau – œil – terre - / Lenteur des mains. Vertige de l’imaginaire. Vestige. Synchronisation parfaite. Visible et invisible – tout le bazar en dedans / cerise ! Fleur – Rouge – Bleue - Noire. Forcement. Après le possible et l’aube assombrie – Inimaginable retour / Néant plein – œil vide – Des siècles se sont allés dans un décor improvisé - Revenir au centre du cercle pour sortir au dehors – Émotion de la langue. Sauvagerie profonde du songe qui continue pour ensevelir l’âme agitée. Toi – Moi – Nous – Sous la couche la peine. Enfin ! On met le chemin sous les pieds. Au profit de l’air – choses minuscules qui frappent le visage en rayons d’or. Pour s’effacer enfin – revenir encore au champ libre de la dérision. Sans coupure ! entrer dans un espace discontinu où déjà s’emmêlent les branches. Saut de l’ange – la tête sous le drap - dans l’improbable à n’importe quel moment. J’avais mal vu ! Compris. Ensuite et cetera – on ne revient pas à l’autre soi. Pénombre découpée d’œil et de chair – sur le banc vide à côté du rosier. L’escalier et la maison bleue. J’entends le murmure des larmes folles. Larmes. À quelle heure je reviens ? Silence enragé. Sans transition. Les yeux en sueur tentent un autre naufrage. Ne pouvant plus du feu et de la cendre. Un autre incendie pour les choses humides. Fleuves souterrains d’encre – mine grise. Cette profusion d’âme et de peau où le rêve nimbé fait volte-face sous la paupière. Sans cadre – débris de lumière à même le sol. C’est la fin de l’histoire – au début. Partir en exil pour l’île au-delà du cercle. Obstinément. Après l’ultime naufrage – l’absence. Ensuite vient la suite – sur le rocher et la falaise – traces superposées du destin. Tant pis. Voilà soudain que l’île n’est plus là. Pendant que tout meurt – la vie. Fleur rouge sur page criblée de lettres. Langage abstrait pour la pensée et le doute. De tous les futurs projetés, la tête se raidit bizarrement et revient aux lèvres closes. D’Amour ou de Rien, la pensée dans le miroir absorbe son image la plus secrète. Et commence déjà à être autre. Avec toutes les choses enfuies qui s’unissent pour en finir. Là où s’unissent les regards quand ils ne regardent plus. Quand cesse l’éternité et la parole incommunicable dans l’espace où elle tombe. L’Infini. Dans la fleur, l’île. Rouge – Bleu – Noire. Forcement. Pour tomber en dedans de je-ne-sais-où. La pensée dévore le corps et l’obscur alignement. Ultime échappatoire d'un langage fermé. Revenir à la sensation. - Sans coupure ! L'ordre inversé des choses Le site de Paula Braz
La maison d’entre

De ces froidures qui nourrissent la suite mais de savoir ce qu’il y a sous la neige quand moi chaque hiver j’en oublie le printemps* … si tes yeux se déjettent si tes mains à la hâte se placent devant eux malgré tout tu vois qui ne se montre plus tout le reste oublié cette odeur de café qui semblait pourtant se moquer de tout la haute maison que ta mémoire a démeublée ses ajours ne donnent plus sur rien et Lui jamais même entrevu Il manque de force pour faire le temps de tes journées mais toujours tu vois qui ne se montre plus toujours tu fixes l'heure heureuse avec un clou tordu sur un mur qui se trouvait là et ne s’y trouve plus *Caroline Dufour
Barbara Auzou. Fugacité CXXXIV

Un astre se souvient encore sans amertume de l’escale passagère de ces enfants aériens conviés à la vie sous un ciel d’étoiles posthumes
Sans livre de bord combien le front haut cabré et criblé de lunes furent blessés d’être devenus des hommes
Et épuisèrent leur souffle à ras de de sable sur les roseaux courts de leur vie qui ne leur rendit rien de l’énigme première ?
Crédit Photo ©Julie
Chant XIV
Une histoire de traces. Comme dans une forêt blanche. L’immaculé du temps et tout le bleu de l’ombre au beau milieu du jour.* tu es partie à chacun de tes pas réflectifs la matière-miroir de ta peau a imprimé en toi part de toute chose gestes animalesques de tout être course nage vol mouvements disant mieux que paroles ça tu l’aurais juré l’involontaire suicide closant tes amours saccagées tu es restée la matière-miroir de ta peau a masqué ton visage avec figures anciennes et figures de passage aimantes ou non tu n’as pas su le dire tu n’as pas su aller le temps ? il t’a aimée il t’a aimée et puis tu l’as déçu *Caroline Dufour
Chant XVIII. Traductions italienne, anglaise & espagnole par le poète Marcello Comitini

Canto XVIII
poggiare teneramente il capo contro la spalla utopica
dell’ultima amica
rendere il suo viso come i volti
che ti hanno fatto bene
le sue labbra come le labbra che ti hanno veramente baciato
che hanno lasciato passare le parole necessariamente dure
i suoi occhi come gli occhi che ti hanno veramente guardato
che non hanno avuto paura di te
che hanno osato voltarti le spalle bruscamente
o soffermarti su vite diverse dalla tua
…
poggiare teneramente la testa contro il petto utopico
dell’ultima amica
modellare i suoi seni con il peso delle foglie di antichi alberi bronchiali
ascoltare senza angoscia il suo respiro caduco
poggiare teneramente il capo sul cuore utopico
dell’ultima amica
ascoltarlo che batte al ritmo delle sue parole
bambina nuotavo il più lontano possibile dalla riva
e dal largo osservavo
le donne della duna invecchiare
invecchiare e diventare sabbia
(Il solo…
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