Ce haut-monde

Figures in a Landscape, Francis Bacon, 1956
© 2019 The Estate of Francis Bacon
Mourir n’est pas la fin
Vivre n’y mène pas
Vivre est immobile
Nos corps sont figés là
Dans la révolution
Seule la pensée
À allure retenue
Va et vient
De long en large
De bas en haut
D’une nature à l’autre
Elle ne presse le pas
Qu’à l’abord des champs secs
– Ici la mort se trouve –
Dans lesquels l’idée germe
Que la Terre n’est rien
Que rien ne s’accomplit
Sur ce qui a été
Partialement nommé
Ici-bas

Fiodor Dostoïevki. L’idiot

Une chose seulement est vraie: je n’aime vraiment pas la compagnie des adultes, des grandes personnes, je l’ai remarqué depuis longtemps; je ne l’aime pas parce que je ne sais pas être avec eux.

Rare présence

Chaque jour
Alors que nos yeux s’ouvrent
Une planète naît

Ainsi le cosmos s’emplit
Sans se multiplier

Cependant nos yeux s’ouvrent
Souvent sur la fable
Rarement sur le monde

Composition de la nuit

I
Invisible silhouette lunaire
Qui marche à côté
De son corps guetté
Par le chien et le loup

II
Involontaire trajet vers
Le jour domestique
................ L’atteindre
Est-ce vraiment le but
N’est-ce pas plutôt la fin

III
Cheminer sans raison
Repousse la folie

IV
Au crépuscule le marcheur
Nomme ses morsures
Baisers
Ses cicatrices
Lèvres

Composition de la lumière

 I
Lors d’une heure comparable
À une heure évoquée
L’obscurité enferme
L’être dans son propre corps

II
Sur cette route pâle
Où le rêveur piétine
Le levant s’accroche
Aux semelles astrales
Pour ne pas incendier
Le jour de son seul feu
Et priver la prairie
Du cosmos tout entier

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