C’est une enfance difficile
Celle de l’enfant qui naît
De deux enfances malmenées
Une vie malaisée
Où l’amour s’il se montre
N’est pas reconnu
Une mort douce
Quand des bras s’ouvrent enfin
Sur l’amour véritable
Les dommages
Ce rêve
Celui où
Les heures reculent
Alors que tu avances
C’est tout ce que tu auras
Une promenade
Où tu emprunteras
Pour rentrer
Un autre chemin
Que celui de l’allée
Puis un autre
Et un autre encore
Jusqu’à ce que tu comprennes
Qu’il n’a jamais été question
De rentrer
Ce rêve
Celui où
À force d’égarements
Tu oublies
D’où tu viens
Et pourquoi tu es là
C’est tout ce que tu auras
Hannah Arendt. Consolation
Viennent les heures,
Là de vieilles blessures,
Depuis longtemps oubliées,
Menacent de déchirures.
Viennent les jours,
Là aucun risque
De la vie, des souffrances
Ne peut se décider.
Les heures s’enfuient,
Les jours passent,
Il en reste un fruit :
L’existence seule.
« Heureux celui qui n’a pas de patrie » Poèmes de pensée
Editions Payot
Jardin
Pour t’aimer sans faillir
Il me faut te haïr quelquefois
Tenir dans ma main
Le fruit de cette haine jusqu’à
Entrevoir dans ses courbes
Sa nostalgie de la nouaison
Ou la trace douloureuse
D’un bonheur abimé
Et enfin savoir
L’écarter du jardin
Emily Dickinson. Poème 1233
Si je n’avais vu le Soleil
J’aurais su porter l’ombre
Mais la Lumière autre Mort
M’a fait Mourir encore —
Une défaite
Il n’y a pas un paysage
Qui ne tente de m’attendrir
Pas un que je ne déleste
De quelques pierres ramassées
À la va-vite
Ou que je quitte sans regrets
Toujours
Il faut que je me retourne sur lui
Une dernière fois
Cependant
Je dois admettre que rarement
Je les regarde pour eux-mêmes
Piteusement dans leur théâtre
C’est à moi que je songe
Il n’y a pas un paysage
Qui ne jette à la figure de mes rêves
Ses blessures purulentes
Le compte de ses pertes
Et ne remonte à sa surface
Mes enfouissements
Pas un seul qui ne m’accueille
Sans inquiétude
Gémellité
La mort est là
Elle ne vient pas vers moi
Je ne vais pas vers elle
Elle est là
Et ce n’est pas grave
Ce n’est pas triste
De savoir ça
De la côtoyer
Si je m’en effrayais
Elle ne m’enseignerait rien
J‘existerais à moitié
Gaillarde (Fantaisie)
Cette minute
Par crainte que je l’oublie
Dérobe à la hâte
Le temps à sa portée
Sans se soucier qu’il soit
De la veille de jadis
Ni même du lendemain
Cette minute où je te vois
Pour la première fois
Étale son larcin
Sous le ciel nocturne
Puis avec une candeur
Mâtinée de fierté
Me l’offre en présent




