Nécessité de la falaise

Dans les jardins 
Je ne me promène jamais simplement
Divague fréquemment entre le jadis et l’ailleurs
Il faut au présent
Je l’ai remarqué
D’exceptionnels spectacles de nature sauvage
Pour qu’il se consacre tout entier au moment
Et que mes yeux s’ouvrent du bon côté

Claustrée

Le silence de l’esprit
N’a d’équivalent dans aucun lieu terrestre
Où rien n’est jamais insonore
Quand il se trouve privé du timbre de sa pensée
Mon être s’affole et s’impatiente
Tente de se fuir lui-même
Reconnaissant dans ce calme sinistre
L’abîme de l’avant
Et donc de l’après

Miroir cosmique

L’image surgit et disparaît de mon esprit
Comme les vagues irrégulières
D’un cosmos déréglé
Négligeant ses marées
Dans le miroir où je cherche une réponse
À la question D’où vient-elle ?
Je ne vois toujours qu’une enfant
Et songe avec envie
Au logement peu meublé
Que doit être son âme
Et à celui bien ordonné de son cœur
Je ne la vois pas vraiment
Comment le pourrais-je ?
Cependant
Dire qu’elle est morte serait faux
Mais tout autant que de la penser vivante
Si je tends la main
Elle imite mon geste
C’est un jeu qui l’amuse
Lorsque nous nous observons
Ses yeux ne se froncent pas comme les miens
Elle se contente d’un regard blanc
Je parierais qu’elle a peu de mimiques
Encore une chose que je lui envie
Quant à elle
Que pourrait-elle désirer me prendre ?

Le fer de l’angoisse

Je me situe quelque part entre une lumière franche 
Et une lumière déclinante
Je me situe là où je me suis aperçue la dernière fois
Peut-être que je regarde à travers une vitre
Je vois ou je devine
Floutés par la buée
Des corps qui disparaissent
Cellule par cellule
Et qui cessent d’exister par manque de matière
Je songe brusquement à une promesse douloureuse
Que nul ne peut tenir
Il ne faut pas quitter l’autre une seule seconde
Sinon ce que l’on voit est ce qui restera
Et brisera notre allant
Ce que l’on ne voit pas est ce qui nous envahira
Le fer de l’angoisse
 
Il ne faut pas quitter l’autre une seule seconde
 
Rassure-moi comme tu peux
Je sourirai à tout
 
Je me situe quelque part entre une lumière franche
Et une lumière déclinante
Existons-nous ailleurs ?

Caprice des fardeaux (Fantaisie)

Pourquoi les souvenirs 
Alourdissent inévitablement le présent ?
Pourquoi ce qui n’est plus
Est à ce point pesant ?
Alors même que les heures tout juste déroulées
Semblent tellement légères
(Long silence de gamberge)
Est-ce à dire que lorsque je tiens une plume
Je tiens un oiseau ?

Il suffit

Je ne sais pas parler
Je ne sais pas dire
J’entends
Je regarde et je laisse à mes mains le soin de choisir l’adjectif
De savoir si j’aime ou si je n’aime pas
À mes yeux le soin de choisir le verbe
À mes pieds le soin de décider de l’heure
La nuit humaine ne le peut pas
Mais une autre le peut
Qui s’amuse comme une folle à me courir après

Entre chien et loup

Quand le jour décline
L’heure hésite souvent
Entre angoisse et quiétude
Dans les demeures
On se frotte les mains
L’une contre l’autre
Sans savoir pourquoi on fait ça
Car fait-il chaud ou froid
Le corps n’en sait rien
Pas plus que l’esprit
Les chiens comme à leur habitude
Repoussent l’obscurité
En aboyant sous les fentes
Des portes d’entrée
Avant d’aller se coucher
Près d’une ampoule électrique
Plus tard les heures s’interrogent
Les rêves ont-ils besoin d’espace ?
Et si oui de combien ?
Et si non pourquoi ?
Comment fait le marcheur de ce songe-ci
Pour se rendre de là à là 
Si les distances n’existent pas ?
Car il marche c’est un fait
Il court même parfois
De quelle matière est-il fait ?
Cellulaire ? C’est peu probable
Alors quoi ?
À minuit tapant
Les chiens comme à leur habitude
Se retournent du côté loup
Et vont planter leurs canines
Dans la chair d’une nuit
Trop agitée à leur goût
Qui se met à pisser
Un sang couleur
De ciel matinal
Non ! Pas déjà le jour
Déplore le marcheur
Le jour ne mène nulle part

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