Trompe la mort !
Il faut aimer
Même si l’on sait
Que l’amour est mortel
Il faut aimer pour ça
Chérir cette mort
Alors qu’encore dupe
Elle se pense tout autre
Se pavane dans son corps tout neuf
Marche les yeux bandés
Sur le bord des corniches
Il faut aimer
Tandis qu’elle commence à comprendre
– A force de croiser ses semblables
Et de s’en attendrir –
Le sort qui l’attend
Nein, das tust du nicht*
Si, je le ferai*
Déciderai
De l’heure et de la manière
Mes yeux m’aviseront en premier
Qu’il est temps
Puis mes mains
Qui frôlant une écorce
Ou le crépi d’un mur
N’auront qu’un reflexe
Me serrer la gorge
Non, tu ne feras pas ça*
L’heure ne sera jamais
Noire à ce point
Il y aura des choses nouvelles
Qui ne te rappelleront aucun lieu
Aucun être
Un poème que tu n’auras pas lu
De longs moments
Où la transparence
Et la lumière
T’occuperont l’esprit
Toi-même écriras sans doute
Un vers ou deux
Que tu ne conserveras pas
Mais diras à voix haute
Lors de tes promenades
Au bord de la falaise
*Phrases empruntées à Nathalie Sarraute dans « enfance »
Divagation crépusculaire
Quelques verbes sauvages
Se risquèrent dans le jardin
Quand je m’allongeais sur le dos
Au-dessous des constellations
Des nuages d’un noir plus soutenu que celui de la nuit
– La nuit qui n’est pas noire
Plutôt un jour obscur
Une portion éteinte –
S’effilochaient et se déchiraient dans le plus remarquable des silences
Les verbes se pliaient de mauvaise grâce à l’échelle de la parcelle
Crier murmurait
Aimer s’éprenait de son reflet
Fiché dans l’eau croupie d’une traverse concave
Espérer demeurait espérer
Malgré son désir qu’il en fût autrement
Croire devenait exiger
Quant à moi j’observais la lente agonie d’un éphémère
Que mes yeux croisèrent fortuitement
Lente pour qui ? me demanda le verbe penser
Agonie pour qui ?
Ephémère pour qui ?
Et surtout pourquoi ? se mit à gueuler l’indomptable
Confiteor terminal
Nous avons cessé d’être naturels
Et la nature s’épuise à ne pas subir notre sort
Claustrée
Le silence de l’esprit
N’a d’équivalent dans aucun lieu terrestre
Où rien n’est jamais insonore
Quand il se trouve privé du timbre de sa pensée
Mon être s’affole et s’impatiente
Tente de se fuir lui-même
Reconnaissant dans ce calme sinistre
L’abîme de l’avant
Et donc de l’après





