Inerte comme feuille Dans un jardin d'hiver Tu attends
Parfois regrettes la chute Accomplie outre-temps La lenteur de la chute L'ivresse de la chute
Te souviens Qu'en voyant le sol Piqué d'heures amères Prédisant De fatales blessures Tu avais à la hâte Nommé ta descente Vol Tes membres Ailes ou voiles La vitesse Distance
Inerte tu oublies Le possible Et terrifiant herbier L'épingle Et l'encre De la science
Tu oublies La jeunesse Captive du rameau Et de l'arbre
Inerte comme feuille Dans un jardin d'hiver Tu attends Que l'on te méprise Pour aller
Ce que je veux retenir Envers et contre tout Ce qui compte à mes yeux Un oiseau Un simple oiseau Rapace sans aucun doute Le reste Tout le reste Domaine des contraintes Et de mon ignorance Une infinitude céleste Territoire des oiseaux
Mon corps mourait trop lentement Pour que je puisse y croire Mais il mourait comme tout ce qui vit À part qu'alors je me trouvais hors de lui Le savais jeune Peut-être beau Mais rien qui vienne l'affirmer Aucune main qui s'y attardait L'écrivait ou le peignait Aucune bouche pour le lui dire Ou dire le contraire Je le poussais en avant Toi d'abord ! Ce corps de femme Désigné par le masculin Toi tu sais où tu vas Je lui murmurais Moi non Le vagin Les seins Le ventre Moi je n'ai qu'une tête Une pauvre tête Et des jambes Et des mains Et une bouche … C'était une étrange chose d'aimer Avec ce corps juste à côté Qui mourait si lentement Que plus tard je le croirais immobile Immobilisé Une étrange chose De ne pas être dans ce corps Au moment de mon désir Et de voir dans l'air L'exacte distance Qui me séparait de lui De moi Je dirais aujourd'hui
Une part de moi déjà Tremble Toutes les autres parts À chaque nouvelle aube Rient exagérément Et s'agitent en tous sens Agrippent l'air que tu expires Et l'embrassent et l'avalent Oh Je te le rendrai Vif comme l'air de novembre Le moment venu Je te rendrai tout Paysages et visages Et tu ne verras rien Tu ne me verras pas Ton cœur battra dans ma poitrine Ou bien est-ce le mien qui battra dans la tienne Toute matière sera verre Tout être sera aveugle Cette part qui tremble Tremblera encore plus Et le temps fera s'effondrer Des pans entiers de lui-même Et tout deviendra ce qu'il doit devenir Sauf moi Figée dans l'ambre De nos heures éprises
Chaque jour Je te dis adieu Ma chère existence Et mon regard se pose Sur toutes ces beautés Aucune que je veuille posséder Adieu leur dis-je à toutes Sans voir dans ce mot Une nature plus haute Que celle qui m’accueille Depuis tout ce temps Sans même y voir L’annonce d’un départ Mais bien d’une arrivée