Ce que nous finissons Ce que nous croyons finir S'achève dans un temps Où nous ne sommes plus Ce point que l'on appose À la dernière phrase Ne semble pas final Même s'il tord notre cœur Même s'il est comme balai Qui a fini son ouvrage Voilà La poussière revient Il n'est rien de terrien Qui ne revient jamais Ce que nous finissons Ce que nous croyons finir Nos vies Qui semblent s'achever Qui s'achèvent bel et bien Rien ne saurait nous dire Que cela est réel Car ce temps où l'on voit Se passe dans le noir Si vivre c'est chercher Mourir est-ce trouver ?
Promesse du jardin d’hiver

Inerte comme feuille
Dans un jardin d'hiver
Tu attends
Parfois regrettes la chute
Accomplie outre-temps
La lenteur de la chute
L'ivresse de la chute
Te souviens
Qu'en voyant le sol
Piqué d'heures amères
Prédisant
De fatales blessures
Tu avais à la hâte
Nommé ta descente
Vol
Tes membres
Ailes ou voiles
La vitesse
Distance
Inerte tu oublies
Le possible
Et terrifiant herbier
L'épingle
Et l'encre
De la science
Tu oublies
La jeunesse
Captive du rameau
Et de l'arbre
Inerte comme feuille
Dans un jardin d'hiver
Tu attends
Que l'on te méprise
Pour aller
Be(e)

Des mains ont ce pouvoir
De te faire venir
Je viens dis-tu
Sans l'avoir voulu
Et ces mains
Qui te savaient partie
Où vont-elles te chercher ?
Je viens tu le répètes
Sans l'avoir voulu
Tes lèvres comme pistil
Orné d'or poudreux
Ces mains comme abeilles
Qui le ravissent au lois
Pour prix de ta venue
Je viens tu le répètes encore
D'où viens-tu ?
La belle traduction en italien de ce poème est en lecture sur le site de Marcello Comitini
https://marcellocomitini.wordpress.com/2019/11/11/gabrielle-segal-bee-ita-fr/
Soliloquie
Mon corps mourait trop lentement
Pour que je puisse y croire
Mais il mourait comme tout ce qui vit
À part qu'alors je me trouvais hors de lui
Le savais jeune
Peut-être beau
Mais rien qui vienne l'affirmer
Aucune main qui s'y attardait
L'écrivait ou le peignait
Aucune bouche pour le lui dire
Ou dire le contraire
Je le poussais en avant
Toi d'abord !
Ce corps de femme
Désigné par le masculin
Toi tu sais où tu vas
Je lui murmurais
Moi non
Le vagin
Les seins
Le ventre
Moi je n'ai qu'une tête
Une pauvre tête
Et des jambes
Et des mains
Et une bouche
…
C'était une étrange chose d'aimer
Avec ce corps juste à côté
Qui mourait si lentement
Que plus tard je le croirais immobile
Immobilisé
Une étrange chose
De ne pas être dans ce corps
Au moment de mon désir
Et de voir dans l'air
L'exacte distance
Qui me séparait de lui
De moi
Je dirais aujourd'hui
Fouilles
Une part de moi déjà
Tremble
Toutes les autres parts
À chaque nouvelle aube
Rient exagérément
Et s'agitent en tous sens
Agrippent l'air que tu expires
Et l'embrassent et l'avalent
Oh Je te le rendrai
Vif comme l'air de novembre
Le moment venu
Je te rendrai tout
Paysages et visages
Et tu ne verras rien
Tu ne me verras pas
Ton cœur battra dans ma poitrine
Ou bien est-ce le mien qui battra dans la tienne
Toute matière sera verre
Tout être sera aveugle
Cette part qui tremble
Tremblera encore plus
Et le temps fera s'effondrer
Des pans entiers de lui-même
Et tout deviendra ce qu'il doit devenir
Sauf moi
Figée dans l'ambre
De nos heures éprises
Chaque jour revenant
Chaque jour
Je te dis adieu
Ma chère existence
Et mon regard se pose
Sur toutes ces beautés
Aucune que je veuille posséder
Adieu leur dis-je à toutes
Sans voir dans ce mot
Une nature plus haute
Que celle qui m’accueille
Depuis tout ce temps
Sans même y voir
L’annonce d’un départ
Mais bien d’une arrivée



