Encore après plus rien

si ce n’était pas ça
si ce n’était pas le temps qui passe
si ça ne l’était plus

à cause de nous
qui nous croyons de passage
piétinant cette destination avant d’en rejoindre d’autres
toutes que l’on nomme destinées
mais c’est faux n’est-ce pas
il n’y a que ce temps-là
ce lieu-là
fixes
et rien d’autre

ni la mouvance du début ni celle de la fin
ne sont signes de voyages

entre les deux un éveil tardif 
vite le corps qui se campe par automatisme
en position statique de défense
presque toute la surface du corps
presque toute la surface de la tête

si ça n’était pas le temps qui usait
s’il ne l’avait jamais fait

si ce qui nous restait de mouvements
nous apportaient seulement
la preuve désarmante
qu’il est presque impossible d’être

la preuve que nous usons nos vies
à ne vouloir que vivre
un temps donné


Photographies issues de l'ouvrage  Parce que…, ©Sophie Calle ©Editions Xavier Barral, 2018.

Le poids de l’existence

©Janina Green
dans la chambre bleue
tu es seule cernée par le silence
mettre de la musique réglerait le problème

le jardin grouille d’oiseaux
mais tu ne les entends pas
impossible d’ouvrir la fenêtre
à cause du froid
tu réfléchis à une musique
en essayant de retrouver le poème
qui t’est venu cette nuit

tu n’en tireras que des lambeaux
ça te déprime un peu 
mais c’est toujours comme ça

tu écoutes Emily Loizeau
parce que c’est possible la fenêtre fermée

le poème t’a frappé à l’estomac
comme n’importe quelle angoisse
tu t’es réveillée en sursaut
et vu le marchand de cendres
les mains chargées de poussière
qu’il menaçait de répandre alentour

durant cet intervalle d’incertitude affolante
tu as cherché le souffle de ta compagne
puis secoué son épaule parce que tu ne l’entendais pas

durant cet entre-deux tu as failli mourir

le poème parlait de l’amour
de l’invention de l’amour

il est perdu 


Photographie, ©Janina Green, Untitled. Série Vacuum, 1993. 

Dimanche 2 février 2020 14h19

Ô géraniums, ô digitales… Celles-ci fusant des bois-taillis, ceux-là en rampe allumés
au long de la terrasse, c'est de votre reflet que ma joue d'enfant reçut un don vermeil. Car « Sido » aimait au jardin le rouge, le rose, les sanguines filles du rosier, de la croix-de-Malte, des hortensias, et des bâtons-de-Saint-Jacques, et même le coqueret-alkékenge, encore qu'elle accusât sa fleur, veinée de rouge sur pulpe rose, de lui rappeler un mou de veau frais…

Colette, Sido

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