Tu ne peux plus Laisser se répandre La couleur blanche Sur les murs de ton crâne Tu ne peux plus T'enivrer de ton propre air Livrer ton âme impolie Au papier de verre Tu ne peux plus attendre Ce qui est en toi Est à toi Tu ne peux plus te déporter Dans un coin de ce sol qu'on te loue Pour espérer l'entrevoir Tu ne peux plus ne pas être Ne pas prendre Tu ne peux plus ignorer Ce temps de chacune Que tu portes sur toi Comme une peau Qui te fait chair Tu ne peux plus penser Sans pouvoirs Tu ne peux plus écrire Sans territoire
Hier disais-tu Hier nous a tout pris Et jamais jamais Au Grand Jamais Il ne nous a rendu La moindre petite chose Pourtant combien de fois Me demandais-tu Combien de fois Sommes-nous allées là-bas Espérant reprendre notre bien Je me souviens En chemin nous scandions Que le pillage cesse Nom de Dieu Que ça cesse Nos poings cardinaux tendus Une fois vers le ciel Une fois vers la terre Hier nous jetait à la face Pour que nous décampions Quelques heures vides Totalement vides Ah tu vois me disais-tu Saloperie d'ingrat
Tes mains Regarde-les Toujours avides Mais toujours vides Écureuils qu'affame L'absence de mémoire Regarde-les Tout accomplir Pour la centième fois Comme première fois Fouiller en vain L'air et le vent À la recherche du passé Que toujours elles égarent devant Tes mains Voleuse habiles Piètres penseuses Instruments de l’éternité Et de la mort Tu ne peux les garder pour toi
Je dois te le dire Je t'ai égarée Pas comme ça Pas d'un coup Tu n'as pas traversé Subitement L'une de mes poches percées Je t'ai égarée lentement Doucement D'un geste machinal Mes mains t'ont émiettée Jusqu'à ce qu'il ne reste en moi Plus aucune trace de ta perte
Il y a ce cri Qui n’est pas un son Une vibration qui tord mon âme Nuit et jour Une pulsation captive De mon corps devenu De sa chair sans ajour de ses os métalliques Expression d’une existence mal tournée Surgissant de mon corps véritable Cependant qu’il frappe gratte creuse Suffoque sous la fumée âpre des heures consumées Bâties dès leur naissance selon des plans de ruines
Cette nuit terminable Il faut qu’elle se prolonge Qu’elle soit digue qui retient La crue de la mémoire Jusqu’à la fin des temps Que le temps soit donné À l’arbre où l’on grimpait De croître dans le désert Qu’on rêvait d’arpenter Qu’elle soit digue qui retient Jusqu’au prochain jour – Qui ne viendra pas Car on dort – Les souffles échappés De lèvres entrouvertes Cette nuit Qu’elle dispose Entre nos bras serrés Ce que l’on a aimé Ce que l’on aime encore Et on irait mourir Sans avoir cédé Sous le poids et les pertes Seulement quand le corps Serait devenu planète
Je ne serai ni usée Ni rompue Ni sage Je serai emplie De temps vécu Transparent comme l'eau d'un lac Au-dessus duquel Nul n'ose se pencher Tant il a l'air profond
Froisse ce maudit jour Et glisse-le dans ta poche Pour le lire plus tard Beaucoup plus tard Ferme les volets Plie la maison dans le jardin Et jette le tout dans la rigole Couche-toi Défroisse un coin du jour Et mets un point de côté Pour qu'il freine ton élan Envers le jour d'avant Un autre Pour décider du quand