Qu'ils ne me blessent pas plus Ces yeux Qui déjà à la mort Ont cédé des arpents Qu'ils ne s'éteignent pas Injustement Devant mes propres yeux Et si lentement Et si rapidement … Que je ne me cherche pas en eux Qu'ils ne m'entraînent pas Lors de leur effacement ... Que je distingue clairement Dans l'iris partant Mettons Le reflet d'une enfant Courant sur la jetée Pour rejoindre la mer En place des souvenirs mutilés Qui me suivent partout Débris de phrases emmêlées Que mon âme injuste De mal aimée Se plaît à dire Une enfant Jetée Par sa mère
Moi ici Chasseresse Sans faim De l’ennui Qui n’est pas bête Mais vent Qui parfois n’est pas vent Mais oiseau affamé Moi ici Plantant dans la chair De ma proie Une lame Qu’émousse Son cuir dense Armure brise-temps Moi jetant ses tripes À la louve infertile Qui plante ses crocs dans le vent Qui parfois n’est pas vent Mais souffles et soupirs D’êtres déchirés Moi ici Attendrie Par les yeux mortifiés De l’ennui Toujours me suivant Parlant comme bouche parle Mais à l’âme Seulement Âme sourde et aveugle Depuis que le temps est temps Âme creuse Grotte glaciale où l’hiver Naît vit et meurt Âme perdue du chasseur Premier parmi les premiers À percer les pupilles Cueilleuses de couleurs Moi ici Effrayée par moi-même Détalant seule Au bruit d’un troupeau entier Croyant fuir ma proie Qui ne s’achève pas De main de chasseur L’ennui Qui n’est pas bête Mais vent Qui parfois n’est pas vent
… Une ligne qui séparerait Justement le ciel de la terre À grande distance de moi Pour que là où je me trouve Les deux se mélangent Ainsi je volerais ou nagerais Et oublierais la marche Oh oui c’est une obsession De ne plus fouler le sol De ne plus avoir pied La marche est harassante Et dangereuse En tout cas celle-ci Au long de laquelle Serpentent en brume Les haleines froides De créatures effarouchées
Qu’aurais-tu fait Si les regardant Tu avais deviné Que le temps ferait distance Si tu avais vu Derrière leurs yeux Défiler des paysages À grande vitesse Qu’aurais-tu fait Si écoutant leurs cœurs Et le tien Tu n’avais rien entendu Si les enlaçant Tu avais compris Que la chair Est un habit de cendres
Comme eux Tu aurais défié le cosmos La poussière Précède la pierre
Comme ce mot dénote Sur les chemins de pierres Coupantes Pourtant c’est ainsi Que je t’appelle Ma douce Quand Curieuse Tu soulèves l’une d’elles Et me montres le dessin de ses veines Exact plan de la sente empruntée Pour disparaître D’abord Et apparaître ensuite Ainsi que nous serions S’il n’était besoin De dissimuler nos cœurs Dans les murs en pierres Sèches Je le murmure encore Ma douce Quand la ronce écrit Des paroles végétales Sur mes jambes nues Reconnues comme tiges D’une nature vraie Langue que l’on sait d’instinct Qui se lit en frôlant Les berges de la plaie Où pleurent Quelques arbres Pour cette seule raison Que les fluides s’attirent
Je la percevrai Comme Guibert L’avait perçu dans son miroir Elle m’observera Ou plutôt Fixera un point derrière moi Elle ne sera pas dure Ni froide Un peu timide Et grave Peu loquace bien sûr Mes yeux de plus en plus S’habitueront à elle Je percevrai Son envie d’être ailleurs Sa nostalgie d’un lieu Dont je ne sais rien Si longtemps dira-t-elle Ou me fera-t-elle dire Si longtemps partie Puis elle rajoutera Ou bien le ferai-je L’être Un si long exil
Femme aux poches pleines de planètes Va Jette-les toutes dans l’océan Regarde-les couler Percées rouges Percées noires Ou bien Fais-les rouler Dévaler la colline Et puis regrette ton geste Toute femme regrette Rattrape-les Cours au-devant d’elles Cours plus vite que les planètes Se faisant tu perdras ce que toute femme perd Tout Tu perdras tout Aussi Déleste-toi Des paroles Des tissus Du temps Regarde les planètes chuter Dans les bouches d’égout Les failles Les fentes Regarde-les se faire broyer Par l’inventeur de la roue Femme aux poches pleines de planètes Cours pour rien Quand tu n’auras plus rien Cours vite Dévale la colline et crie Fort et sans t’arrêter Et rit de la même manière La nature aime la danse Le vide Et les sons
Femme aux poches pleines de terre Verse-la sous la plante de tes pieds Et regarde éclore tes premières fleurs