La poule noire de la nuit
vient encore de pondre une aurore.
Salut le blanc, salut le jaune,
Salut, germe qu’on ne voit pas.
Seigneur Midi, roi d’un instant
au haut du jour frappe le gong.
Salut à l’œil, salut aux dents,
Salut au masque dévorant, toujours !
Sur les coussins de l’horizon,
Le fruit rouge du souvenir.
Salut, soleil qui sait mourir,
Salut, brûleur de nos souillures.
Mais en silence je salue la grande Minuit,
Celle qui veille quand les trois s’agitent.
Fermant les yeux je la vois sans rien voir par-delà les
ténèbres,
Fermant l’oreille j’entends son pas qui ne s’éloigne pas.
René Daumal, in Poésie noire, poésie blanche , 1952, Gallimard.
Ce n’est pas de vouloir ce n’est pas ça c’est de ne pas pouvoir ne pas le vouloir cet amour-là et que cela soit pouvoir et décide de tout et combatte tout ce qui s’oppose à cette force-là et te combatte toi surtout toi accoutumée à ne pas pouvoir souvent qui restes là te nourris de patience amaigrie par cette nourriture-là qui croît dans l’air expiré de tes souffles d’impatience
ce n’est pas de vouloir ce n’est pas choisi c’est là c’est venu là et cela ne bouge plus oui cela remue mais cela ne bouge plus tu n’attends pas tu ne te souviens plus de l’attente presque plus de la faim
le fruit là juste là qui croît dans l’air expiré des souffles incontrôlés