
voyez cette fleur je l’ai coupée puis disposée dans ce vase ornant la table basse (deux inventions malheureuses) voyez maintenant elle baigne dans une eau de la ville poudrée de quelques grammes de sucre pour que dure son malheur une centaine de pas jusqu’à son champ auraient suffi chaque jour pour que je la voie gîtant au milieu d’autres sauvages mais il fait trop chaud il y a trop de vent il y a trop d’insectes et cette lumière… moi si mélancolique voyez j’ai besoin de beauté tout près de mes yeux las de mon corps vacillant de mes énigmatiques jambes moi si mélancolique de n’être pas sauvage d’avoir crû dans la chair et non par le hasard d’un transport de pollen cette fleur arrachée à sa pleine jeunesse voyez maintenant comme elle me ressemble





