Passe noire

Ce que nous finissons
Ce que nous croyons finir
S'achève dans un temps
Où nous ne sommes plus

Ce point que l'on appose
À la dernière phrase
Ne semble pas final
Même s'il tord notre cœur
Même s'il est comme balai
Qui a fini son ouvrage
Voilà La poussière revient

Il n'est rien de terrien
Qui ne revient jamais

Ce que nous finissons
Ce que nous croyons finir
Nos vies
Qui semblent s'achever
Qui s'achèvent bel et bien
Rien ne saurait nous dire
Que cela est réel
Car ce temps où l'on voit
Se passe dans le noir

Si vivre c'est chercher
Mourir est-ce trouver ?

Pierre de ricochet

L'autre
Agrippé
Hélé
Happé
Ricoché
À la surface de l’œil
L'autre soi
L'autre autre
Tous deux fendus
Sans division
L'autre appris de soi-même
L'autre mesure
Et du vide et de la distance
L'autre soi
Ennemi de l'ami
Ennemi de l'ennemi
L'autre
Hélé
Happé
Ricoché
À la surface du temps
De la peau et des os
Cognant ce qui se voit
Avec ce qui ne se voit pas
Avec ce que la mort prend
L'autre sait
La mort prend tout
Laisse tout
Un autre trouve
Ou ne trouve pas
Ce qui demeure
Après soi
Un autre
Un autre
Est toujours là

Dimanche 2 février 2020 14h19

Ô géraniums, ô digitales… Celles-ci fusant des bois-taillis, ceux-là en rampe allumés
au long de la terrasse, c'est de votre reflet que ma joue d'enfant reçut un don vermeil. Car « Sido » aimait au jardin le rouge, le rose, les sanguines filles du rosier, de la croix-de-Malte, des hortensias, et des bâtons-de-Saint-Jacques, et même le coqueret-alkékenge, encore qu'elle accusât sa fleur, veinée de rouge sur pulpe rose, de lui rappeler un mou de veau frais…

Colette, Sido

Yona Harvey. Sonnet for a Tall Flower Blooming at Dinnertime

Southern Flower, I want to quote the bard,
to serenade you, to raise a glass to you.
Long & tall you are always parched
& hungry. You wobble in strong winds, you
puff your bright hair when it rains, you
toss off the lint of dandelions, you
lean into the evening haunts
with your indifferent afro. You
were born in the old world city, the invisible
dark girl city, the city that couldn’t hold
a candle, a straight pin, a slave-owner’s sins
to you. You are the most beautiful
dark that hosts the most private sorrows
& feeds the hungriest ghosts.

À l’instant

Rien sans doute rien qui se retienne
Rien qui ne s'oxyde pas
Qui résiste
Rien de fort malgré les mots forts
Les métaux forts
Rien dans le silence
Dans le bruit
Pas plus que la membrane d'un désir
Qui vibre
Rien sans doute rien qui s'éternise
Rien qui se joue de la mort
Qui nous retienne
Qui résiste
Main dans la main
Joie et mélancolie
Tels des amants qui s'aiment pour l'instant
Rien qui efface l'instant

Tableau

Dehors peut-être
Vent ou pluie
Ou mésanges faisant frissonner
La glycine
Mais ici
Rien ne bouge
Posé là sur le chevalet
Un portrait tout juste accompli
Lèvres incarnadines
Baisant les doigts de l'artiste
Et se mêlant dans la térébenthine
Au trop-plein de noir
Repenti de la toile

Poème domestique *10

À 14h45
Dans la chambre bleue,
Il y en a un qui est fait de poils,
Deux qui sont faits de peau,
Un qui est fait de plumes.
Parmi eux, trois dorment,
Un écrit.
Lequel écrit ?
— Poils, peau, plumes…
Poils, peau, plumes…
Plume !
— Eh non.
— Pas poils, quand même ?
— Non plus.
— Peau ?
— Bravo !
— Laquelle des deux peaux ?
— Celle qui a une plume…
— Bien sûr, c'est logique.
— … et qui est à poil.
— Tu es bête !
— Un peu, du coup.

Ne rien rester, ni partir.

Ce que je veux au fond
C'est rester
Avec rien
Avec peu
De l'encre
Des paroles
De la salive passant d'une bouche à l'autre
Des ongles noircis par la terre remuée
Autour d'une graine  enterrée
Pour qu'elle vive
Des volets s'ouvrant sur une dormeuse
Qui remontant la nuit sur elle
Efface le jour qui vient

Au fond ce que je veux
C'est ne rien rester ni partir

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